Gammare

Institut québécois de la biodiversité

Gammarus spp. — Les gammares :
Petits amphipodes du littoral et recycleurs de la matière organique

CreatorLeïla Brunner
PublisheriNaturalist
Created2022-07-02T18:10:00.000+00:00
Rights holderLeïla Brunner

Suggested attributionGammarus oceanicus Segerstråle, 1947

observed in Canada

by Leïla Brunner (licensed under http://creativecommons.org/licenses/by/4.0/)

Gammarus oceanicus, vue latérale.
Source :
Eric A. Lazo-WasemGall L (2019). Invertebrate Zoology Division, Yale Peabody Museum. Yale University Peabody Museum. Occurrence dataset https://doi.org/10.15468/0lkr3w accessed via GBIF.org on 2019-06-29. https://www.gbif.org/occurrence/415658483

101537  (urn:lsid:marinespecies.org:taxname:101537)

1. Introduction

Les gammares, regroupés ici sous le nom prudent de Gammarus spp., sont de petits crustacés amphipodes appartenant à la famille des Gammaridae. Le genre Gammarus comprend de nombreuses espèces, dont certaines sont dulcicoles, estuariennes ou marines. Lorsque l’identification spécifique n’a pas été confirmée par clé taxonomique ou analyse spécialisée, l’usage de Gammarus spp. est préférable à un nom d’espèce précis. WoRMS reconnaît notamment Gammarus locusta comme espèce valide, avec l’AphiaID 102281.

Souvent appelés « puces de mer » dans le langage courant, les gammares ne sont pas des insectes. Ce sont des crustacés péracarides, proches des autres amphipodes, caractérisés par un corps comprimé latéralement, une grande mobilité et une forte association avec les microhabitats riches en matière organique.

2. Morphologie

Les gammares possèdent un corps segmenté, souple et comprimé latéralement. Cette forme leur permet de se déplacer rapidement entre les algues, les pierres, les débris végétaux et les interstices du substrat.

Leur corps comprend :

  • une tête portant deux paires d’antennes ;
  • un thorax avec plusieurs paires de pattes locomotrices ;
  • des appendices spécialisés pour la marche, la nage, l’alimentation et la préhension ;
  • un abdomen terminé par des uropodes facilitant les mouvements rapides.

Gammarus locusta, vue rapprochée.
Crédit : DORIS / FFESSM, photographie de Christophe.
Source : DORIS, fiche Gammarus locusta.

Gammarus sp
Crédit : Denis Turcotte
Source : Port-au-Saumon, ERE de l’Estuaire

3. Habitat

Les gammares occupent une grande diversité de microhabitats aquatiques. Chez Gammarus locusta, les bases de données taxonomiques et biogéographiques indiquent une espèce marine principalement associée aux zones sublittorales et aux ceintures d’algues, avec une certaine tolérance aux variations de salinité lorsque celles-ci demeurent relativement stables.

Dans un contexte littoral comme celui du Saint-Laurent, on peut rechercher les gammares et amphipodes apparentés dans :

  • les algues brunes, notamment Fucus spp. et Ascophyllum spp. ;
  • les mares intertidales ;
  • les accumulations de laisses de mer ;
  • les substrats rocheux ou graveleux ;
  • les zones riches en matière organique.

Leur corps comprend :

  • une tête portant deux paires d’antennes ;
  • un thorax avec plusieurs paires de pattes locomotrices ;
  • des appendices spécialisés pour la marche, la nage, l’alimentation et la préhension ;
  • un abdomen terminé par des uropodes facilitant les mouvements rapides.

Gammarus locusta, observation au microscope.
Crédit : Jonas Mortelmans, WoRMS Photo Gallery.
section habitat, observation ou identification.
Source : WoRMS Photo Gallery.

4. Alimentation et rôle de détritivore

Les gammares sont généralement décrits comme des détritivores, brouteurs et omnivores opportunistes. Ils consomment des fragments d’algues, des feuilles ou tissus végétaux en décomposition, du biofilm, des microorganismes et parfois de petits invertébrés ou des tissus animaux morts. Les synthèses sur l’écologie trophique des Gammarus montrent qu’ils sont souvent abondants dans les substrats qui leur offrent à la fois abri contre les prédateurs et disponibilité en détritus organiques.

Leur importance écologique vient du fait qu’ils fragmentent la matière organique. Cette fragmentation augmente la surface disponible pour les bactéries, champignons et autres microorganismes décomposeurs, accélérant ainsi le recyclage des nutriments.

5. Rôle écologique

Les gammares sont des organismes charnières des réseaux trophiques. Ils transforment une partie de la matière organique morte en biomasse animale disponible pour d’autres espèces.

Ils servent notamment de nourriture à :

  • des poissons juvéniles ;
  • des oiseaux de rivage ;
  • d’autres crustacés ;
  • certains invertébrés prédateurs.

Une revue écologique consacrée à Gammarus locusta souligne son importance dans les systèmes côtiers européens, à la fois comme consommateur, comme proie et comme organisme sensible aux perturbations environnementales.

6. Reproduction et cycle de vie

Comme les autres amphipodes gammaridés, les gammares présentent un développement direct. La femelle porte les œufs dans une poche incubatrice ventrale appelée marsupium. Les jeunes émergent sous une forme ressemblant déjà à de petits adultes, sans longue phase larvaire planctonique.

Chez Gammarus locusta, la température et la salinité influencent fortement la survie, la croissance et la reproduction. Des travaux expérimentaux montrent que ces paramètres sont importants pour comprendre le cycle de vie de l’espèce et son utilisation en écotoxicologie.

7. Bioindication et écotoxicologie

Les gammares sont fréquemment utilisés comme organismes modèles en écotoxicologie, car ils réagissent aux changements de qualité de l’eau, de salinité, de température et à certains contaminants. Leur sensibilité, leur abondance et leur rôle écologique en font de bons indicateurs du fonctionnement des milieux aquatiques.

Dans une perspective éducative et scientifique, leur observation permet d’aborder plusieurs notions :

  • biodiversité benthique ;
  • chaînes alimentaires ;
  • décomposition de la matière organique ;
  • santé des écosystèmes ;
  • importance des petits organismes invisibles.

9. Synthèse

Les gammares (Gammarus spp.) sont de petits crustacés amphipodes discrets, mais essentiels. Leur rôle dans la fragmentation de la matière organique, le recyclage des nutriments et l’alimentation de nombreux organismes en fait un groupe clé des écosystèmes littoraux.

Dans une station littorale éducative, ils constituent un excellent organisme vedette pour montrer que la biodiversité ne se limite pas aux grandes espèces visibles. Une grande partie du fonctionnement du littoral repose sur ces petits animaux cachés dans les algues, les débris et les interstices du rivage.

Crédits photographiques

Photo 1. Hans Hillewaert. Gammarus locusta. Wikimedia Commons. Licence Creative Commons Attribution–ShareAlike 4.0 International.

Photo 2. Christophe / DORIS-FFESSM. Gammarus locusta. Source : DORIS.

Photo 3. Jonas Mortelmans. Gammarus locusta. WoRMS Photo Gallery.

Illustration 4. Planche anatomique d’un amphipode du genre Gammarus. Source : Zoological Science / BioOne.

Références scientifiques principales

WoRMS. Gammarus locusta (Linnaeus, 1758). World Register of Marine Species.

OBIS. Gammarus locusta occurrence and taxonomy. Ocean Biodiversity Information System.

GBIF. Gammarus locusta — ecology and habitat notes. Global Biodiversity Information Facility.

MacNeil, C., Dick, J. T. A., & Elwood, R. W. The trophic ecology of freshwater Gammarus spp.

Neuparth, T., Costa, F. O., & Costa, M. H. Effects of temperature and salinity on life history of the marine amphipod Gammarus locusta.

Costa, F. O., & Costa, M. H. Review of the ecology of Gammarus locusta.

Animal Diversity Web. Gammarus fasciatus species account.

Fait intéressant: La coloration des gammares (Gammarus spp.)

Chromatophores, pigments et camouflage chez les amphipodes

Lorsqu’on observe plusieurs gammares dans un même habitat, une caractéristique attire rapidement l’attention : leur couleur varie énormément.

Certains individus apparaissent presque translucides, alors que d’autres présentent des teintes vertes, brun olive, orangées ou rougeâtres.

Cette diversité de coloration ne résulte pas uniquement de différences génétiques. Elle dépend aussi de mécanismes physiologiques complexes impliquant les chromatophores, les pigments alimentaires, la transparence des tissus, le cycle de mue et parfois certains organismes parasites.

Les gammares constituent ainsi un excellent modèle pour comprendre comment de petits invertébrés adaptent leur apparence aux contraintes de leur environnement.


Les chromatophores : les cellules responsables de la couleur

Chez les crustacés, les chromatophores sont des cellules spécialisées contenant des pigments.

Chez les gammares, ces cellules sont dispersées dans les tissus superficiels sous la cuticule relativement mince.

Leur rôle comprend :

• production de la coloration générale ;
• modulation du camouflage ;
• protection contre certains stress lumineux ;
• participation à l’équilibre physiologique.

Contrairement aux céphalopodes, les gammares ne modifient généralement pas leur couleur instantanément ; les changements observés sont souvent progressifs.


Les pigments : l’origine réelle des couleurs

Caroténoïdes

Les pigments les plus importants observés chez les gammares sont des caroténoïdes.

Parmi eux :

• astaxanthine ;
• lutéine ;
• bêta-carotène.

Ces molécules proviennent principalement de l’alimentation :

• algues ;
• biofilms ;
• microorganismes ;
• détritus végétaux.

Les caroténoïdes sont responsables des teintes :

🟠 orange
🔴 rouge
🟡 jaune

Ces composés jouent aussi un rôle physiologique :

• activité antioxydante ;
• protection cellulaire ;
• réponse au stress environnemental.

Les individus plus fortement pigmentés peuvent présenter une meilleure protection contre certains stress oxydatifs.


Couleurs sombres : brun, vert et gris

Les gammares présentent aussi des colorations plus discrètes.

Les teintes brunes ou verdâtres résultent souvent d’une combinaison entre :

• pigments cellulaires ;
• transparence de la cuticule ;
• contenu digestif visible ;
• réflexion de la lumière ;
• coloration du milieu environnant.

Les individus vivant dans les ceintures d’algues apparaissent fréquemment plus verts ou brun olive.

Cette coloration améliore leur camouflage contre les prédateurs.


Transparence : devenir presque invisible

Chez plusieurs gammares, la cuticule demeure partiellement translucide.

Cette transparence constitue une stratégie écologique importante :

✓ réduction du contraste ;
✓ camouflage ;
✓ meilleure survie.

Dans certains cas, il est possible d’observer :

• le tube digestif ;
• les œufs ;
• certains organes internes.

La transparence varie selon :

• l’âge ;
• l’état physiologique ;
• l’alimentation ;
• le stade de mue.


La couleur change pendant la mue

Comme tous les crustacés, les gammares grandissent par mues successives.

Pendant cette période :

• la cuticule se renouvelle ;
• la répartition pigmentaire varie ;
• l’aspect général peut devenir plus pâle.

Les individus récemment mués semblent souvent :

• plus clairs ;
• plus translucides ;
• moins contrastés.


Parasites et modifications de couleur

Chez certains amphipodes, des parasites internes peuvent modifier la coloration.

Des infections par certains acanthocéphales ont déjà été associées à :

• une coloration plus vive ;
• une diminution du camouflage ;
• une augmentation du risque de prédation.

Ce phénomène est étudié comme exemple de manipulation parasitaire.

Au Québec, repartition de gammarus oceanicus (selon les données)

Source: https://www.gbif.org/species/2219865

Gammarus oceanicus Segerstråle, 1947

.

Conception Laurence Auger

Registre des espèces d’Amphipodes Gammaridiens Embranchement ARTHROPODA,

sous-embr. CRUSTACEA,

classe Malacostraca, ordre Amphipoda, sous-ordre Gammaridea) marins du Québec et du Labrador

https://iqbio.qc.ca/wp-content/uploads/a72A.pdf

 sous-embr. CRUSTACEA, classe Malacostraca, ordre Amphipoda, sous-ordre Gammaridea) marins du Québec et du Labrador

(Compilé par Pierre Brunel au 3 avril 2017 et André Lapointe au 8 mai 2017)

[?] = Présence dans le golfe du St-Laurent et le long des côtes du Québec-Labrador [?] plausible et vérifiable mais incertaine ou [??] plausible mais incertaine et probablement invérifiable sans échantillon-témoin;

Colonnes A et B: Légende des codes en notes infra-marginales.
Les dates de publication des noms d’espèces, avec ou sans les parenthèses, sont parfois celles publiées par McLaughlin, Camp et al., 2005, parfois celles du site Web du World Register of Marine Species (WoRMS), selon que ses dernières éditions sont antérieures ou postérieures à 2005, tandis que l’appartenance aux familles sont celles du WoRMS.

Autres exemples ailleurs dans le monde

Taxonomic study of the genus Gammarus (Amphipoda, Gammaridae) from Xinjiang, China, with description of a new species

identification resource Tong, Y.; Wang, X.; Liu, F.; LI, S.; Hou, Z. (2022). Taxonomic study of the genus Gammarus (Amphipoda, Gammaridae) from Xinjiang, China, with description of a new species. Zootaxa. 5120(1): 97-110., available online at https://doi.org/10.11646/zootaxa.5120.1.6
page(s): 108; note: Key to Gammarus species from Xinjiang, China [details] Available for editors  PDF available [request]

Gammarus elifedae sp. nov., description of a new amphipod (Amphipoda: Gammaridae) species from Sarpunalınca Cave (Kastamonu, Türkiye), with an updated key for the Turkish freshwater Gammarus species

identification resource Özbek, M. (2026). Gammarus elifedae sp. nov., description of a new amphipod (Amphipoda: Gammaridae) species from Sarpunalınca Cave (Kastamonu, Türkiye), with an updated key for the Turkish freshwater Gammarus species. Zootaxa. 5757(1): 39-52., available online at https://doi.org/10.11646/zootaxa.5757.1.3
page(s): 48; note: Key to Freshwater Gammarus species of Türkiye [details] Available for editors  PDF available [request]