Jean Faubert (1955-2018)

C’est avec une grande tristesse que nous avons appris le décès récent de Jean Faubert. Sa Flore des bryophytes du Québec-Labrador (2012-2014), publiée en trois volumes totalisant plus de 1 200 pages, est une contribution majeure à la connaissance de la biodiversité du Québec. C’est un ouvrage d’autant plus remarquable que son auteur travaillait à partir de sa résidence familiale à Saint-Valérien-de-Rimouski, sans aucune affiliation à une université ou à un institut de recherche.

L’énergie de Jean Faubert, l’ampleur de ses activités et l’étendue de ses compétences étaient hors du commun. Il était à la fois marin, professeur, bryologue et musicien.

Il a d’abord étudié la navigation. Capitaine au long cours, il a visité plusieurs dizaines de ports sur tous les continents. Pendant 30 ans, de 1979 à 2010, il fut professeur de navigation à l’Institut maritime du Québec à Rimouski, où on lui reconnaissait une rigueur et une efficacité exceptionnelles. L’Association québécoise de pédagogie collégiale lui a décerné en 2009 une mention d’honneur pour l’excellence de son enseignement.

Parallèlement à sa carrière d’enseignant, il a obtenu un baccalauréat en biologie de l’UQAR en 1991. Il s’est intéressé d’abord aux plantes vasculaires aquatiques, puis aux bryophytes qui l’ont vraiment fasciné. Avant même sa retraite de l’Institut maritime du Québec en 2010, il avait déjà publié une douzaine d’articles scientifiques en botanique. Bryologue autodidacte, il a accompli en 25 ans un travail phénoménal : un herbier de plus de 10 500 spécimens, une cinquantaine de rapports et d’articles dans des périodiques scientifiques, la rédaction de la Flore des bryophytes du Québec-Labrador, la fondation de la Société québécoise de bryologie et, dans le cadre de cette dernière, la création d’une revue scientifique en ligne (Carnets de bryologie) et la mise sur pied d’une base de données sur les bryophytes du Québec-Labrador (BRYOQUEL). À partir de 2004, avec l’aide de collègues bryologues, il a initié et animé la Formation Kucyniak, un stage annuel d’initiation à la bryologie.

L’œuvre bryologique de Jean Faubert a été reconnue par ses pairs. En 2012, il a reçu le prix Georges-Préfontaine de l’Association des biologistes du Québec. En 2014, le New York Botanical Garden lui a décerné le Henry Allan Gleason Award. L’Université Laval lui a décerné un doctorat honoris causa en 2016. Il a été le récipiendaire pour l’année 2018 de la médaille George-Lawson de l’Association botanique du Canada qui lui était décernée pour une Outstanding Contribution to Botany.

Jean Faubert était aussi musicien. Saxophoniste, il a été membre de plusieurs ensembles qui jouaient régulièrement entre Rimouski et Matane. En 2008, il participait à la tournée européenne du groupe « Rêve de sax ». Jusqu’en 2018, il était directeur général de l’orchestre SaxTonique qu’il a fondé et qui regroupe une dizaine de saxophonistes.

J’ajouterai qu’il considérait Montaigne comme un de ses amis.

Jean Faubert était un homme de plusieurs talents. Nous serons nombreux à être en deuil.

Pierre Morisset

La collectionneuse du mois de septembre 2018

Responsable de la collection ostéologique Piérard-Bisaillon, Ariane Burke dirige au sein du département d’anthropologie de l’Université de Montréal (UdeM) le laboratoire d’écomorphologie et le Groupe de recherche sur les dispersions d’Hominidés. Dès son arrivée à l’UdeM comme nouvelle professeure, Ariane Burke contacte la Faculté de médecine vétérinaire de Ste-Hyacinthe à la recherche de spécimens de référence. On lui offre alors la collection d’anatomie comparée établie par les docteurs Jean Piérard et André Bisaillon, professeurs maintenant retraités. Cette importante collection, qui est composée de centaines de squelettes d’animaux exotiques et indigènes du Québec, a donc été déménagée vers les locaux du Département d’anthropologie et a été restructurée : « Il a fallu tout réorganiser pour que ça devienne une collection de référence archéozoologique, mais ça en valait la peine. »

Suite à l’obtention d’un baccalauréat en histoire ancienne et en archéologie à Ottawa, Ariane Burke réalise une maîtrise en archéozoologie à Southampton, en Angleterre, puis un doctorat en anthropologie à l’Université de New York. Elle complète ensuite des études postdoctorales au Musée canadien des civilisations de Hull (actuel Musée canadien de l’histoire) où elle étudia la microstructure des dents de cheval dans le but d’identifier la saison de mort de l’animal. En poste à l’UdeM depuis 2003 comme professeure chercheure, elle enseigne aujourd’hui plusieurs cours au département d’anthropologie, dont l’archéozoologie.

« J’ai toujours été intéressée par le rapport entre les humains et l’environnement. Je fais aujourd’hui de moins en moins d’archéozoologie et de plus en plus de modélisation avec des climatologues, mais toujours dans l’optique d’identifier comment le climat et l’environnement ont influencé la répartition des faunes et comment cela a pu amener certaines stratégies de mobilité et d’organisation sociale chez l’humain. »

Humérus gauches de plusieurs espèces de la collection mammalogique Piérard-Bisaillon

La collection ostéologique Piérard-Bisaillon renferme environ 1200 spécimens de vertébrés terrestres et maritimes. Elle est utilisée à des fins d’éducation et c’est aussi un élément indispensable de recherche utilisé par les étudiants de cycles supérieurs et par des chercheurs à l’externe. Les éléments de cette collection sont classés de façon à pouvoir identifier rapidement des fragments trouvés sur les sites archéologiques. En effet, tous les éléments du côté gauche du corps des espèces d’une taille similaire sont regroupés afin de permettre une utilisation efficace de la collection.

 
Spécimen coup de cœur

Le spécimen coup de cœur d’Ariane Burke est un grand os trouvé sur un site romain en Tunisie où elle faisait une analyse ostéologique. Après consultation de la collection de référence, cet os lourd ne correspondait pas, comme elle le pensait tout d’abord, à un os de chameau qui occupait la région. En poussant plus loin ses investigations et surtout en considérant l’occupation faunistique historique du milieu, elle comprit que les Romains occupant ce site, situé en marge du Sahel, auraient pu capturer des autruches sauvages. C’était donc un os d’autruche ! « Cette péripétie m’a appris une leçon très importante, il faut toujours considérer le contexte écologique ! »

Dans le domaine de l’archéozoologie, beaucoup de professionnels consultent des spécimens virtuels en ligne lorsqu’ils sont sur le terrain et qu’ils ne peuvent pas se déplacer pour consulter une collection de référence. La création de ces collections sur le Web dépend toutefois de l’existence de collections de spécimens réels. En effet, étant donné que la technologie pour créer des collections virtuelles évolue très rapidement, il faut souvent revenir aux spécimens originaux lorsqu’une nouvelle approche d’imagerie 3D est inventée. Ariane Burke pense que les collections virtuelles ne peuvent que souligner l’importance de conserver les collections originales.

 

Crânes de félins de la collection ostéologique Piérard-Bisaillon

 

« Une collection comme la nôtre est unique à Montréal. On a beau créer des collections virtuelles avec des images tridimensionnelles, il n’y en a aucune qui serait aussi complète. La collection elle-même servira un jour je l’espère à créer des collections virtuelles auxquelles tout le monde pourra accéder par le biais d’un site web. »

Juliette Duranleau et Bernadette Jacquaz, 20 septembre 2018

Collectionneuse du mois de juillet 2018

« Dolores Planas »

Dolores Planas a été professeure de limnologie à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) durant plus de 35 ans. Elle est l’une des fondatrices du Centre de recherche en géochimie et géodynamique (GEOTOP) et du Groupe de recherche interuniversitaire en limnologie et en environnement aquatique (GRIL) de l’UQAM. Professeur émérite depuis 2013, elle est responsable d’une collection de recherche composée d’organismes phytoplanctoniques dulcicoles comprenant de nombreuses cyanobactéries. Conservée dans une cinquantaine de boîtes, cette collection est constituée de spécimens de la Baie de James et des lacs de la forêt boréale en Alberta et au Québec. Elle compte également les organismes récoltés depuis une dizaine d’années au lac Bromont en Montérégie.

Collection phytoplanctonique

Originaire d’Espagne, Dolores Planas a complété un baccalauréat en biologie ainsi qu’un doctorat en limnologie à l’Université de Barcelone. Elle est la première doctorante diplômée de son mentor, le renommé limnologue Ramon Margalef i López (https://fr.wikipedia.org/wiki/Ramon_Margalef). C’est grâce à lui qu’elle a su développer sa passion pour l’étude des eaux continentales. Fascinée par les algues, elle a toujours tenté de répondre aux mystères de la nature. « Pourquoi ces espèces-là sont-elles là? » se demande Dolores Planas.

En 1975, Dolores Planas obtient une bourse d’études postdoctorales à l’Institut des eaux douces de Pêches et Océans Canada à Winnipeg. Elle décroche par la suite un poste de professeur titulaire à l’UQAM où elle poursuit, encore aujourd’hui, des recherches en limnologie. Au début de sa carrière, elle participe à des projets sur le Richelieu analysant l’impact potentiel du drainage des marécages sur le tychoplancton (ensemble des organismes accidentellement planctoniques) et sur l’impact du détournement des rivières de la Baie de James sur la production primaire et la communauté algale. Elle s’est intéressée aussi aux problèmes liés aux pluies acides. Elle a participé à des projets pancanadiens sur la gestion durable de la forêt, étudiant l’impact des coupes forestières et des feux de forêt sur la productivité et la biodiversité des algues (pélagiques et benthiques) des lacs de la forêt boréale (Alberta et Québec). Des recherches portant sur l’importance du périphyton dans les cycles biogéochimiques du mercure ainsi que les phénomènes qui déclenchent l’accroissement des cyanobacteries toxiques font partie de ses projets recents. Selon elle, ces espèces offrent des défis supplémentaires compte tenu de leur grande diversité. Depuis 2007, avec son équipe, elle est impliquée dans un projet qui vise à enrayer la prolifération des cyanobactéries dans le lac Bromont. Elle y recueille chaque année de nombreux échantillons qui viennent grossir sa collection.

Efflorescence de cyanobactéries (Planktonhrix agardhii) au lac Bromont

Spécimen coup de cœur

À la question « quel est votre spécimen coup de cœur? », Dolores Planas répond : « Dans ma jeunesse, c’était les diatomées. Dans le moment présent, ce  sont les  cyanobactéries.» Elle mentionne certaines espèces comme Planktothrix agardhii, Anabaena et Aphanizomenon flos-aquae mais avoue ne pas avoir de préférence particulière. De fait elle préfère s’intéressée aux raisons qui motivent leur présence, les caractéristiques et les actions des espèces dans un environnement précis. Particulièrement, l’explosion en ce millenium d’efflorescences de cyanobactéries dans des lacs où le processus d’eutrophisation est sous contrôle ou en décroissance.

 

Planktothrix agardhii (Gomont) Anagnostidis & Komárek, 1988

 

Anabaena ssp.
Aphanizomenon flos-aquae
Ralfs ex Bornet & Flahault , 1886

Dolores Planas considère que l’entretien régulier de sa collection de recherche en sciences naturelles est difficile à réaliser et que le manque de temps et d’espace est un problème qui en limite le développement. La gestion de celle-ci devrait être assurée par du personnel permanent pour éviter la perte de collections historiques. En effet, lors d’un déménagement majeur dans les locaux de l’UQAM, deux collections de phytoplancton et de phytobenthos dulcicole du projet Archipel de la fin des années 1970 ont été mises au rebus. Dolores Planas soutient que sa collection actuelle a encore un potentiel pour les recherches scientifiques et la génétique et elle se demande ce qu’il adviendra de celle-ci lorsqu’elle ne sera plus à l’université.

Rebecca Gouge et Bernadette Jacquaz pour l’Institut québécois de la biodiversité, 10 juillet 2018

NOUVELLES BRÈVES DE L’IQBIO

Les membres du conseil d’administration se sont réunis deux fois depuis le début de l’année et une autre fois lors de la 15ième Assemblée générale annuelle (AGA) de l’IQBIO qui se tenait le 18 mai dernier au Centre sur la biodiversité de l’Université de Montréal situé sur le site du Jardin Botanique à Montréal. Le rapport annuel de l’IQBIO (2017) a été présenté à cette AGA et une copie de ce document a été mise en ligne par la suite dans le site web de l’IQBIO (https://iqbio.qc.ca/).

Lors de l’AGA, deux nouvelles personnes ont été élues au Conseil d’administration, Bernadette Pinel-Alloul et Cédric Boué. Nous profitons de l’occasion pour remercier nos administrateurs sortants Juliette Duranleau et Geoffrey Hall. Les deux ont beaucoup apporté à l’IQBIO et continuent à collaborer à certains dossiers.

L’AGA a été suivie d’une visite très appréciée de trois collections du Centre soit la Collection entomologique Ouellet-Robert, le Fongarium du Cercle des mycologues de Montréal et l’Herbier Marie-Victorin. Ces visites étaient guidées par les responsables Étienne Normandin, Raymond Archambault et Geoffrey Hall.

Deux articles de la série « Le Collectionneur du mois » ont été mis en ligne : en avril pour Marie-Hélène Morissette-Bélanger et Marie-Laure Escudero (insectes piqueurs) et en juin pour Jean-Pierre Bourassa (collections entomologique et zoologique de l’Université du Québec à Trois-Rivières). On peut consulter ces chroniques dans le site web de l’IQBIO et dans sa page Facebook.

La mise à jour du registre des collections continue de progresser. Cédric Boué a remplacé en mai dernier Rebecca Gouge comme agent de projet. Plusieurs nouvelles collections ont été identifiées et des demandes de financement sont en cours pour continuer notre recensement.

Trois étudiants subventionnés dans le cadre du programme « Emplois d’été Canada » travaillent présentement à l’avancement du registre des espèces sous la supervision de Pierre Brunel. Plusieurs listes devraient être mises en ligne d’ici l’automne.

Bernadette Jacquaz, présidente, le 5 juillet 2018.


Gisèle Lamoureux est décédée à Lévis le 23 juin 2018. Elle était membre honoraire de l’IQBIO depuis 2004.

Botaniste-écologiste, elle dirigeait et animait depuis 45 ans le groupe Fleurbec qu’elle a fondé en 1973. Les guides d’identification publiés par Fleurbec sont des ouvrages de vulgarisation botanique de très grande qualité, autant par les textes que par les photos. Vendus globalement à plus de 300 000 exemplaires, ils ont suscité, développé et accompagné un intérêt durable pour la connaissance des plantes vasculaires dans la population québécoise. Il s’agit là d’une contribution remarquable à la vie culturelle du Québec.

Gisèle Lamoureux a su aussi défendre avec énergie et détermination la protection des milieux fragiles et des plantes vulnérables. La préservation de la biodiversité d’un pays s’appuie en bonne partie sur l’intérêt que la population en général lui porte, et cet intérêt dépend de la connaissance que les gens ont de la nature et de ses composantes. Dans cette optique, l’apport de Gisèle Lamoureux à la préservation de la biodiversité québécoise revêt un caractère exceptionnel.

Pierre Morisset, le 10 juillet 2018


 

Rapport annuel 2017

Le conseil d’administration de l’IQBIO vous invite à prendre connaissance de son rapport annuel de 2017. Vous y trouverez sans doute plus d’un motif pour vous joindre à notre cause.

IQBIO Rapport annuel 2017 

Bernadette Jacquaz, Présidente, le 1er juin 2018.


 

La biodiversité du Québec vous intéresse ?

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Vous pouvez aussi faire un don à l’QBIO : voir onglet DON. Un reçu d’impôt pour don vous sera remis en janvier 2018.