Archives de catégorie : Nouvelles

Le collectionneur du mois de décembre 2019

 Serge Gauthier et un spécimen de tourte naturalisée

Serge Gauthier a été pendant 25 ans conservateur des collections du Musée du Séminaire de Sherbrooke maintenant appelé Musée de la nature et des sciences de Sherbrooke (MNS2).  À ce titre, il a dû gérer les collections, développer leur aspect scientifique et veiller à la restauration de plusieurs spécimens. Lors du déménagement du Musée dans ses nouveaux locaux en 2002, Serge Gauthier s’est occupé de mettre de l’ordre dans les collections et d’élaborer l’impressionnante réserve du Musée. Maintenant à la retraite, Serge Gauthier continue à s’intéresser grandement à l’histoire et aux collections de sciences naturelles. C’est avec grand plaisir qu’il est venu passer une journée au musée pour nous présenter les collections de la réserve.

Serge Gauthier a tout d’abord fait un baccalauréat en biologie à l’Université du Québec à Montréal. Il a poursuivi ses études à l’Université de Sherbrooke avec une maîtrise et un doctorat en ornithologie. « C’est l’amour de la nature tout simplement qui m’a amené vers la biologie. » Pendant ses études supérieures, Serge Gauthier a enseigné la biologie aux cégeps de Drummondville et de Sherbrooke. À la fin de son doctorat, il obtient un poste de conservateur invité au Musée du Séminaire de Sherbrooke. Il effectue par la suite des contrats comme biologiste pour Pêches et Océans Canada et comme consultant en environnement. Plusieurs années plus tard, il obtient son poste permanent comme conservateur au Musée.


Le Musée, 
un peu d’histoire 

 Musée du Séminaire de Sherbrooke

Le Musée, fondé en 1879 par le Séminaire Saint-Charles-Borromée, était situé dans un établissement d’éducation crée cinq ans plus tôt par le diocèse catholique de Sherbrooke. En 1959, il prit le nom de Séminaire de Sherbrooke. Les spécimens des collections du Musée étaient alors utilisés comme soutien à l’éducation pour les cours de sciences naturelles. Grâce au travail de plusieurs directeurs du Séminaire, notamment Pierre Girard et le chanoine Léon Marcotte, le Musée a acquis de nombreux spécimens et a agrandi ses collections. C’est en 2002 que le vœu de Serge Gauthier de doter la région d’un musée de sciences se concrétise avec le déménagement des collections dans de nouveaux locaux construits dans l’ancienne usine de textile Julius-Kayser Co. Le Musée, qui s’appellera dorénavant le Musée de la nature et des sciences de Sherbrooke, détient aujourd’hui plus de 65 000 spécimens dont certains sont célèbres. Quelques spécimens naturalisés de tourte voyageuse (Ectopistes migratorius), espèce éteinte depuis 1914 qui vivait à l’époque sur le territoire québécois, y sont conservés.


« Nos collections sont issues en grande partie des communautés religieuses, les pionniers des sciences naturelles avant les universités. À l’époque de la colonisation, on travaillait avec des noms d’espèces européennes, car il n’y avait rien de développé ici. Nos collections représentent donc l’évolution des sciences naturelles jusqu’au 20e siècle. Les spécimens nous permettent de garder en mémoire toute l’histoire du développement des sciences naturelles au Québec et des gens qui ont participé à l’évolution des connaissances sur nos espèces indigènes. Par exemple, sœur Marie-Jean-Eudes qui est moins connue, a fait un travail énorme qu’on découvre à travers ses collections. Bien d’autres restent à révéler. C’est de l’histoire à petite échelle, mais c’est absolument fascinant ! »

Collection de nids et d’œufs d’oiseaux du Québec conservée dans la réserve du Musée de la nature et des sciences de Sherbrooke

Spécimen coup de cœur

La pièce préférée de Serge Gauthier est une vitrine d’oiseaux naturalisés réalisée par John G. Bell, taxidermiste américain reconnu au milieu du 19e siècle qui a notamment été le taxidermiste attitré aux expéditions du célèbre naturaliste Jean-Jacques Audubon. La vitrine représente pour Serge Gauthier l’âge d’or des sciences naturelles. John G. Bell avait à Manhattan une boutique de taxidermie qui servait aussi de lieu de rassemblement pour les naturalistes de l’époque. « Ce sont parmi les premiers naturalistes à avoir décrit nos espèces d’oiseaux québécois. À travers cet objet, j’ai l’impression d’avoir un lien avec ces personnages. Cette vitrine est un prétexte pour faire un voyage dans le temps. »

Vitrine d’oiseaux naturalisés du 19e siècle

Serge Gauthier a quitté le Musée de la nature et des sciences de Sherbrooke en décembre 2017 en laissant la gestion des collections entre bonnes mains. Il encourage toujours les chercheurs et étudiants à consulter les collections du Musée, qui peuvent nous révéler encore bien des informations précieuses.

Nous aimerions remercier Marie Chapdelaine d’avoir organisé notre rencontre et Serge Gauthier pour nous avoir fait visiter toutes les installations du Musée de la nature et des sciences de Sherbrooke.

Juliette Duranleau et Bernadette Jacquaz, le 24 décembre 2019

NOUVELLES BRÈVES DE L’IQBIO

Depuis le printemps dernier, les membres du conseil d’administration se sont réunis trois fois en mars, mai et décembre pour discuter des affaires courantes et faire le point sur le travail effectué par les différents comités. Ils ont également convoqué la  16eAssemblée générale annuelle (AGA) de l’IQBIO pour le 24 mai dernier au Jardin botanique de Montréal. Le rapport annuel de l’IQBIO (2018) y a été présenté. Une  copie de ce document a été envoyée aux membres et mise en ligne par la suite dans le site web de l’IQBIO (https://iqbio.qc.ca/). Lors de l’AGA, une jeune biologiste, Catherine Rocque, a été élue au  Conseil d’administration. Nous profitons de l’occasion pour remercier notre administratrice sortante Mélissa Khadra qui, pendant cinq  ans, a participé à la gestion de l’IQBIO.

L’AGA a été suivie d’une visite très appréciée des jardins. Cette visite était animée par une excellente guide bénévole des Amis du jardin botanique, Mme Diane Clément. Merci à Mme Marie-France Larochelle pour avoir organisé cette activité.

Les comités les plus actifs cet été ont été celui du registre des espèces, qui a bénéficié de l’aide de deux adjointes, et celui du site web qui prévoit mettre en ligne un site totalement renouvelé dans les prochaines semaines.

Un article de la rubrique« Le collectionneur du mois » est présentement en préparation. Il est  consacré à Serge Gauthier, ancien conservateur du Musée de la nature et des sciences de Sherbrooke, et il sera mis en ligne d’ici la fin de l’année. On peut consulter ces chroniques dans le site web de l’IQBIO et dans sa page Facebook.

Nous déplorons le décès de deux de nos membres qui ont appuyé  l’IQBIO depuis ses tout débuts : Peter Neumann (en août) et Guy Lacroix (en novembre).

Enfin, avec le temps des fêtes qui approchent, vient le temps des bons vœux. Je profite de l’occasion pour vous souhaiter de ma part et de celle du conseil d’administration.

UN JOYEUX NOËL
ET
UNE TRÈS BELLE ANNÉE 2020

Bernadette Jacquaz, présidente, le 17 décembre 2019.

Le collectionneur du mois de juin

Stéphane Le Tirant avec une photographie d’Eupholus brossardi

       Stéphane Le Tirant est le conservateur des collections scientifiques de l’Insectarium de Montréal ainsi que l’un de ses membres fondateurs. Entomologiste généraliste et polyvalent, il œuvre à la conception, à la gestion et au classement des collections depuis l’ouverture de l’organisme en 1990. Passionné d’insectes exotiques, il est spécialisé en scarabéidés et cérambycidés (Coleoptera). Sa collection personnelle comporte au-delà de 300 paratypes de scarabées ainsi que plus de 1 000 espèces de Dynastinae, les plus gros coléoptères.

       Dès l’âge de 5 ans, Stéphane Le Tirant suivait les fourmis muni d’une loupe et s’amusait à faire l’élevage d’insectes dans ses aquariums. Durant son parcours académique, il a complété une technique en Sciences pures, une technique de laboratoire ainsi qu’un cheminement en informatique à l’université. Lors d’un emploi étudiant à la Collection nationale canadienne d’insectes, il a fait la connaissance de Laurent LeSage (1946-2005) qui a été son mentor pour le volet scientifique, le volet biologique et le standard des collections. Une autre rencontre importante a été celle de Georges Brossard, fondateur de l’Insectarium, lors d’un voyage de récoltes entomologiques. Ce dernier l’a guidé à travers la muséologie et la vulgarisation scientifique. Stéphane Le Tirant est ainsi devenu membre du comité aviseur pour la création de l’Insectarium.

        Stéphane Le Tirant a amorcé son cheminement de collectionneur par les papillons québécois. Cette première initiation dans le domaine lui a permis de participer, en 2012, à la rédaction du livre Papillons et chenilles du Québec et des Maritimes. Une fois l’ordre des lépidoptères conquis, il a poursuivi sa spécialisation avec les coléoptères. Son intérêt pour l’entomologie l’a amené à parcourir le monde à la recherche de spécimens exotiques ainsi que dans la réalisation de stages, dont un séjour au Japon où il a étudié l’élevage d’insectes exotiques.

Espèces du genre Chrysina de la collection entomologique Stéphane Le Tirant

Espèces du genre Chiasognathus de la collection entomologique Stéphane Le Tirant

        Stéphane Le Tirant se démarque par ses implications bénévoles, ses initiatives et son dévouement à la recherche. À titre de consultant, il a contribué à la création du spectacle Ovo du Cirque du Soleil. Il a collaboré à la création de multiples insectariums et volières à papillons à travers le monde. De plus, il a participé à la rédaction de l’encyclopédie Coléoptères du monde ainsi qu’à de nombreux reportages et documentaires sur les insectes.

   

 

 « Dans les espèces que j’ai décrites, un des spécimens qui est mon coup de cœur, même si ce n’est pas un scarabée, mais bien un cérambycidé, c’est le Viracocha limogesi. La description d’une nouvelle espèce c’est commun chez les coléoptères, mais la description d’un nouveau genre c’est quand même plus rare. »

Cette découverte a été publiée en 2015 dans le journal scientifique Insecta Mundi.

Viracocha limogesi, Pérou
(Photo originale : René Limoges)

        Après 28 ans au sein de l’Insectarium, il est auteur et co-auteur de 25 articles scientifiques et il a décrit 22 nouvelles espèces. Au total, 6 nouvelles espèces ont été nommées en son honneur. Co-créateur de l’événement Papillons en liberté et co-instigateur du projet Monarch Watch à l’Insectarium, il est un conservateur proactif qui favorise les partenariats avec les spécialistes, le partage de spécimens ainsi que le transfert de connaissances scientifiques. Il a permis la réception par l’Insectarium de plus de 75 dons de collections entomologiques totalisant une valeur supérieure à un million de dollars. De plus, il a été l’instigateur de la reconnaissance de l’Insectarium par la Commission canadienne d’examen des exportations de biens culturels (CCEEBC). Il collabore aussi avec Environnement Canada à l’application de la convention internationale CITES.

Espèces du genre Macrodontia de la collection entomologique Stéphane Le Tirant

         Même à la retraite, Stéphane Le Tirant compte profiter de son temps libre pour poursuivre l’entretien de sa collection, l’identification de spécimens et la rédaction d’un ouvrage sur l’entomologie culturelle. Les spécimens de sa collection personnelle ainsi que des collections de l’Insectarium de Montréal sont disponibles pour consultation.

Rebecca Gouge pour l’Institut québécois de la biodiversité
29 juin 2017

La collectionneuse du mois de mai

Huguette Massé est la responsable de la collection de poissons et d’écrevisses de la Direction de la gestion de la faune de l’Estrie, de Montréal, de Montérégie et de Laval. Cette énorme collection de spécimens d’eau douce est conservée au laboratoire du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs situé à Longueuil. Huguette Massé participe activement à l’entretien et à la gestion des spécimens, mais aussi à la recherche gouvernementale et universitaire qui se fait en lien avec la collection. Elle offre également à l’occasion des formations sur l’identification des poissons et de leurs contenus stomacaux.

« Les spécimens de la collection sont non seulement les témoins du passé, mais ils représentent également les débuts de l’étude de la faune aquatique du Québec. Ce sont ces poissons qui ont servi à identifier quelles espèces sont présentes dans nos plans d’eau. »

Avide d’apprentissages, Huguette Massé entreprend un retour aux études à l’âge de 35 ans. Elle complète alors un baccalauréat en biologie à l’Université du Québec à Montréal. Déjà captivée par l’étude des poissons, elle commence à travailler comme technicienne dans le laboratoire du professeur Réjean Fortin où elle aide les étudiants aux cycles supérieurs à identifier les spécimens de contenus stomacaux de poissons. Elle se découvre alors une véritable passion pour l’identification de poissons dégradés à partir de structures telles que les otolithes et les appareils pharyngiens. Elle commence alors à assembler une collection d’invertébrés et de structures pour pouvoir identifier les proies dans les contenus stomacaux. Elle obtient ensuite un poste au sein du réseau de suivi ichtyologique du fleuve Saint-Laurent. Ce poste lui permettra de découvrir les merveilles cachées du laboratoire du Ministère avec des collections renfermant des spécimens datant d’aussi loin que 1928.

Spécimen coup de cœur

Huguette Massé affectionne tout particulièrement un spécimen de chevalier cuivré (Moxostoma hubbsi) exposé aux bureaux de Longueuil. Il s’agit d’un squelette assemblé par Michel Bourque, vétérinaire à la retraite de Montréal, le résultat d’un travail minutieux de quelque 100 heures. Le chevalier cuivré est le seul poisson qui ne se trouve qu’au Québec. Il peut atteindre plus de 30 ans d’âge.

Ce poisson est présentement en voie de disparition, les estimations chiffrant sa population à tout au plus quelques centaines d’individus.

La collection ichtyologique de la Direction de la gestion de la faune à Longueuil est utilisée notamment comme collection de référence pour l’identification de spécimens, mais aussi pour faire des comparaisons avec le passé. Par exemple, lors du projet de réintroduction du Bar rayé (Morone saxatilis), des spécimens de la collection ont été utilisés pour déterminer le régime alimentaire de l’espèce en milieu naturel. Les contenus stomacaux des derniers individus trouvés dans le fleuve Saint-Laurent avant leur disparition (spécimens datant des années 1950) ont pu être examinés afin d’évaluer ce dont les bars rayés se nourrissaient à l’époque. Ainsi, il a été possible de déterminer si les sources alimentaires nécessaires étaient présentes en vue de leur réintroduction en milieu naturel.

Le laboratoire s’est récemment doté d’équipements pour procéder à  des recherches sur la génétique. Par exemple, dernièrement, des analyses ont été réalisées pour reconnaitre l’attribution parentale des jeunes chevaliers cuivrés de l’année afin de déterminer si ces jeunes poissons sont issus de la reproduction naturelle ou de la reproduction artificielle faite pour maintenir la population.

   

Bocaux renfermant plusieurs spécimens de Laquaiches aux Yeux d’Or (Hiodon alosoides)

Quelques spécimens de la collection ichtyologique de la Direction de la gestion de la faune de l’Estrie, de Montréal, de la Montérégie et de Laval

   

    La collection de Longueuil ne cesse de grandir. En effet, chaque année elle acquiert de nouveaux spécimens provenant des différents projets d’études, mais aussi des firmes de consultants qui viennent suivre les formations offertes par Huguette Massé. La collection comprend aujourd’hui des centaines de milliers de spécimens.

     Huguette Massé ne regrette pas son choix d’être retournée aux études et d’avoir choisi la biologie. Bientôt à la retraite, elle compte bien continuer à venir aider au maintien de  la collection provinciale du Ministère et a de nombreux projets en tête. Elle encourage la conservation des collections en sciences naturelles : « Ces collections sont des traces précieuses nous permettant d’avoir un regard sur le passé. Ce sont des connaissances riches. Les collections sont l’expression de notre patrimoine collectif au Québec ! ».

Juliette Duranleau pour l’Institut québécois de la biodiversité

26 mai 2017