Archives de catégorie : Nouvelles

Collectionneuse du mois de juillet 2018

« Dolores Planas »

Dolores Planas a été professeure de limnologie à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) durant plus de 35 ans. Elle est l’une des fondatrices du Centre de recherche en géochimie et géodynamique (GEOTOP) et du Groupe de recherche interuniversitaire en limnologie et en environnement aquatique (GRIL) de l’UQAM. Professeur émérite depuis 2013, elle est responsable d’une collection de recherche composée d’organismes phytoplanctoniques dulcicoles comprenant de nombreuses cyanobactéries. Conservée dans une cinquantaine de boîtes, cette collection est constituée de spécimens de la Baie de James et des lacs de la forêt boréale en Alberta et au Québec. Elle compte également les organismes récoltés depuis une dizaine d’années au lac Bromont en Montérégie.

Collection phytoplanctonique

Originaire d’Espagne, Dolores Planas a complété un baccalauréat en biologie ainsi qu’un doctorat en limnologie à l’Université de Barcelone. Elle est la première doctorante diplômée de son mentor, le renommé limnologue Ramon Margalef i López (https://fr.wikipedia.org/wiki/Ramon_Margalef). C’est grâce à lui qu’elle a su développer sa passion pour l’étude des eaux continentales. Fascinée par les algues, elle a toujours tenté de répondre aux mystères de la nature. « Pourquoi ces espèces-là sont-elles là? » se demande Dolores Planas.

En 1975, Dolores Planas obtient une bourse d’études postdoctorales à l’Institut des eaux douces de Pêches et Océans Canada à Winnipeg. Elle décroche par la suite un poste de professeur titulaire à l’UQAM où elle poursuit, encore aujourd’hui, des recherches en limnologie. Au début de sa carrière, elle participe à des projets sur le Richelieu analysant l’impact potentiel du drainage des marécages sur le tychoplancton (ensemble des organismes accidentellement planctoniques) et sur l’impact du détournement des rivières de la Baie de James sur la production primaire et la communauté algale. Elle s’est intéressée aussi aux problèmes liés aux pluies acides. Elle a participé à des projets pancanadiens sur la gestion durable de la forêt, étudiant l’impact des coupes forestières et des feux de forêt sur la productivité et la biodiversité des algues (pélagiques et benthiques) des lacs de la forêt boréale (Alberta et Québec). Des recherches portant sur l’importance du périphyton dans les cycles biogéochimiques du mercure ainsi que les phénomènes qui déclenchent l’accroissement des cyanobacteries toxiques font partie de ses projets recents. Selon elle, ces espèces offrent des défis supplémentaires compte tenu de leur grande diversité. Depuis 2007, avec son équipe, elle est impliquée dans un projet qui vise à enrayer la prolifération des cyanobactéries dans le lac Bromont. Elle y recueille chaque année de nombreux échantillons qui viennent grossir sa collection.

Efflorescence de cyanobactéries (Planktonhrix agardhii) au lac Bromont

Spécimen coup de cœur

À la question « quel est votre spécimen coup de cœur? », Dolores Planas répond : « Dans ma jeunesse, c’était les diatomées. Dans le moment présent, ce  sont les  cyanobactéries.» Elle mentionne certaines espèces comme Planktothrix agardhii, Anabaena et Aphanizomenon flos-aquae mais avoue ne pas avoir de préférence particulière. De fait elle préfère s’intéressée aux raisons qui motivent leur présence, les caractéristiques et les actions des espèces dans un environnement précis. Particulièrement, l’explosion en ce millenium d’efflorescences de cyanobactéries dans des lacs où le processus d’eutrophisation est sous contrôle ou en décroissance.

 

Planktothrix agardhii (Gomont) Anagnostidis & Komárek, 1988

 

Anabaena ssp.
Aphanizomenon flos-aquae
Ralfs ex Bornet & Flahault , 1886

Dolores Planas considère que l’entretien régulier de sa collection de recherche en sciences naturelles est difficile à réaliser et que le manque de temps et d’espace est un problème qui en limite le développement. La gestion de celle-ci devrait être assurée par du personnel permanent pour éviter la perte de collections historiques. En effet, lors d’un déménagement majeur dans les locaux de l’UQAM, deux collections de phytoplancton et de phytobenthos dulcicole du projet Archipel de la fin des années 1970 ont été mises au rebus. Dolores Planas soutient que sa collection actuelle a encore un potentiel pour les recherches scientifiques et la génétique et elle se demande ce qu’il adviendra de celle-ci lorsqu’elle ne sera plus à l’université.

Rebecca Gouge et Bernadette Jacquaz pour l’Institut québécois de la biodiversité, 10 juillet 2018

NOUVELLES BRÈVES DE L’IQBIO

Les membres du conseil d’administration se sont réunis deux fois depuis le début de l’année et une autre fois lors de la 15ième Assemblée générale annuelle (AGA) de l’IQBIO qui se tenait le 18 mai dernier au Centre sur la biodiversité de l’Université de Montréal situé sur le site du Jardin Botanique à Montréal. Le rapport annuel de l’IQBIO (2017) a été présenté à cette AGA et une copie de ce document a été mise en ligne par la suite dans le site web de l’IQBIO (https://iqbio.qc.ca/).

Lors de l’AGA, deux nouvelles personnes ont été élues au Conseil d’administration, Bernadette Pinel-Alloul et Cédric Boué. Nous profitons de l’occasion pour remercier nos administrateurs sortants Juliette Duranleau et Geoffrey Hall. Les deux ont beaucoup apporté à l’IQBIO et continuent à collaborer à certains dossiers.

L’AGA a été suivie d’une visite très appréciée de trois collections du Centre soit la Collection entomologique Ouellet-Robert, le Fongarium du Cercle des mycologues de Montréal et l’Herbier Marie-Victorin. Ces visites étaient guidées par les responsables Étienne Normandin, Raymond Archambault et Geoffrey Hall.

Deux articles de la série « Le Collectionneur du mois » ont été mis en ligne : en avril pour Marie-Hélène Morissette-Bélanger et Marie-Laure Escudero (insectes piqueurs) et en juin pour Jean-Pierre Bourassa (collections entomologique et zoologique de l’Université du Québec à Trois-Rivières). On peut consulter ces chroniques dans le site web de l’IQBIO et dans sa page Facebook.

La mise à jour du registre des collections continue de progresser. Cédric Boué a remplacé en mai dernier Rebecca Gouge comme agent de projet. Plusieurs nouvelles collections ont été identifiées et des demandes de financement sont en cours pour continuer notre recensement.

Trois étudiants subventionnés dans le cadre du programme « Emplois d’été Canada » travaillent présentement à l’avancement du registre des espèces sous la supervision de Pierre Brunel. Plusieurs listes devraient être mises en ligne d’ici l’automne.

Bernadette Jacquaz, présidente, le 5 juillet 2018.


Gisèle Lamoureux est décédée à Lévis le 23 juin 2018. Elle était membre honoraire de l’IQBIO depuis 2004.

Botaniste-écologiste, elle dirigeait et animait depuis 45 ans le groupe Fleurbec qu’elle a fondé en 1973. Les guides d’identification publiés par Fleurbec sont des ouvrages de vulgarisation botanique de très grande qualité, autant par les textes que par les photos. Vendus globalement à plus de 300 000 exemplaires, ils ont suscité, développé et accompagné un intérêt durable pour la connaissance des plantes vasculaires dans la population québécoise. Il s’agit là d’une contribution remarquable à la vie culturelle du Québec.

Gisèle Lamoureux a su aussi défendre avec énergie et détermination la protection des milieux fragiles et des plantes vulnérables. La préservation de la biodiversité d’un pays s’appuie en bonne partie sur l’intérêt que la population en général lui porte, et cet intérêt dépend de la connaissance que les gens ont de la nature et de ses composantes. Dans cette optique, l’apport de Gisèle Lamoureux à la préservation de la biodiversité québécoise revêt un caractère exceptionnel.

Pierre Morisset, le 10 juillet 2018


 

Rapport annuel 2017

Le conseil d’administration de l’IQBIO vous invite à prendre connaissance de son rapport annuel de 2017. Vous y trouverez sans doute plus d’un motif pour vous joindre à notre cause.

IQBIO Rapport annuel 2017 

Bernadette Jacquaz, Présidente, le 1er juin 2018.


 

La biodiversité du Québec vous intéresse ?

La sauvegarde des collections de recherche en sciences naturelles vous tient à cœur ?

Si oui, vous pouvez devenir membre de l’IQBIO : voir onglet DEVENIR MEMBRE.

Vous pouvez aussi faire un don à l’QBIO : voir onglet DON. Un reçu d’impôt pour don vous sera remis en janvier 2018.

Le collectionneur du mois de juin

Stéphane Le Tirant avec une photographie d’Eupholus brossardi

       Stéphane Le Tirant est le conservateur des collections scientifiques de l’Insectarium de Montréal ainsi que l’un de ses membres fondateurs. Entomologiste généraliste et polyvalent, il œuvre à la conception, à la gestion et au classement des collections depuis l’ouverture de l’organisme en 1990. Passionné d’insectes exotiques, il est spécialisé en scarabéidés et cérambycidés (Coleoptera). Sa collection personnelle comporte au-delà de 300 paratypes de scarabées ainsi que plus de 1 000 espèces de Dynastinae, les plus gros coléoptères.

       Dès l’âge de 5 ans, Stéphane Le Tirant suivait les fourmis muni d’une loupe et s’amusait à faire l’élevage d’insectes dans ses aquariums. Durant son parcours académique, il a complété une technique en Sciences pures, une technique de laboratoire ainsi qu’un cheminement en informatique à l’université. Lors d’un emploi étudiant à la Collection nationale canadienne d’insectes, il a fait la connaissance de Laurent LeSage (1946-2005) qui a été son mentor pour le volet scientifique, le volet biologique et le standard des collections. Une autre rencontre importante a été celle de Georges Brossard, fondateur de l’Insectarium, lors d’un voyage de récoltes entomologiques. Ce dernier l’a guidé à travers la muséologie et la vulgarisation scientifique. Stéphane Le Tirant est ainsi devenu membre du comité aviseur pour la création de l’Insectarium.

        Stéphane Le Tirant a amorcé son cheminement de collectionneur par les papillons québécois. Cette première initiation dans le domaine lui a permis de participer, en 2012, à la rédaction du livre Papillons et chenilles du Québec et des Maritimes. Une fois l’ordre des lépidoptères conquis, il a poursuivi sa spécialisation avec les coléoptères. Son intérêt pour l’entomologie l’a amené à parcourir le monde à la recherche de spécimens exotiques ainsi que dans la réalisation de stages, dont un séjour au Japon où il a étudié l’élevage d’insectes exotiques.

Espèces du genre Chrysina de la collection entomologique Stéphane Le Tirant

Espèces du genre Chiasognathus de la collection entomologique Stéphane Le Tirant

        Stéphane Le Tirant se démarque par ses implications bénévoles, ses initiatives et son dévouement à la recherche. À titre de consultant, il a contribué à la création du spectacle Ovo du Cirque du Soleil. Il a collaboré à la création de multiples insectariums et volières à papillons à travers le monde. De plus, il a participé à la rédaction de l’encyclopédie Coléoptères du monde ainsi qu’à de nombreux reportages et documentaires sur les insectes.

   

 

 « Dans les espèces que j’ai décrites, un des spécimens qui est mon coup de cœur, même si ce n’est pas un scarabée, mais bien un cérambycidé, c’est le Viracocha limogesi. La description d’une nouvelle espèce c’est commun chez les coléoptères, mais la description d’un nouveau genre c’est quand même plus rare. »

Cette découverte a été publiée en 2015 dans le journal scientifique Insecta Mundi.

Viracocha limogesi, Pérou
(Photo originale : René Limoges)

        Après 28 ans au sein de l’Insectarium, il est auteur et co-auteur de 25 articles scientifiques et il a décrit 22 nouvelles espèces. Au total, 6 nouvelles espèces ont été nommées en son honneur. Co-créateur de l’événement Papillons en liberté et co-instigateur du projet Monarch Watch à l’Insectarium, il est un conservateur proactif qui favorise les partenariats avec les spécialistes, le partage de spécimens ainsi que le transfert de connaissances scientifiques. Il a permis la réception par l’Insectarium de plus de 75 dons de collections entomologiques totalisant une valeur supérieure à un million de dollars. De plus, il a été l’instigateur de la reconnaissance de l’Insectarium par la Commission canadienne d’examen des exportations de biens culturels (CCEEBC). Il collabore aussi avec Environnement Canada à l’application de la convention internationale CITES.

Espèces du genre Macrodontia de la collection entomologique Stéphane Le Tirant

         Même à la retraite, Stéphane Le Tirant compte profiter de son temps libre pour poursuivre l’entretien de sa collection, l’identification de spécimens et la rédaction d’un ouvrage sur l’entomologie culturelle. Les spécimens de sa collection personnelle ainsi que des collections de l’Insectarium de Montréal sont disponibles pour consultation.

Rebecca Gouge pour l’Institut québécois de la biodiversité
29 juin 2017

La collectionneuse du mois de mai

Huguette Massé est la responsable de la collection de poissons et d’écrevisses de la Direction de la gestion de la faune de l’Estrie, de Montréal, de Montérégie et de Laval. Cette énorme collection de spécimens d’eau douce est conservée au laboratoire du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs situé à Longueuil. Huguette Massé participe activement à l’entretien et à la gestion des spécimens, mais aussi à la recherche gouvernementale et universitaire qui se fait en lien avec la collection. Elle offre également à l’occasion des formations sur l’identification des poissons et de leurs contenus stomacaux.

« Les spécimens de la collection sont non seulement les témoins du passé, mais ils représentent également les débuts de l’étude de la faune aquatique du Québec. Ce sont ces poissons qui ont servi à identifier quelles espèces sont présentes dans nos plans d’eau. »

Avide d’apprentissages, Huguette Massé entreprend un retour aux études à l’âge de 35 ans. Elle complète alors un baccalauréat en biologie à l’Université du Québec à Montréal. Déjà captivée par l’étude des poissons, elle commence à travailler comme technicienne dans le laboratoire du professeur Réjean Fortin où elle aide les étudiants aux cycles supérieurs à identifier les spécimens de contenus stomacaux de poissons. Elle se découvre alors une véritable passion pour l’identification de poissons dégradés à partir de structures telles que les otolithes et les appareils pharyngiens. Elle commence alors à assembler une collection d’invertébrés et de structures pour pouvoir identifier les proies dans les contenus stomacaux. Elle obtient ensuite un poste au sein du réseau de suivi ichtyologique du fleuve Saint-Laurent. Ce poste lui permettra de découvrir les merveilles cachées du laboratoire du Ministère avec des collections renfermant des spécimens datant d’aussi loin que 1928.

Spécimen coup de cœur

Huguette Massé affectionne tout particulièrement un spécimen de chevalier cuivré (Moxostoma hubbsi) exposé aux bureaux de Longueuil. Il s’agit d’un squelette assemblé par Michel Bourque, vétérinaire à la retraite de Montréal, le résultat d’un travail minutieux de quelque 100 heures. Le chevalier cuivré est le seul poisson qui ne se trouve qu’au Québec. Il peut atteindre plus de 30 ans d’âge.

Ce poisson est présentement en voie de disparition, les estimations chiffrant sa population à tout au plus quelques centaines d’individus.

La collection ichtyologique de la Direction de la gestion de la faune à Longueuil est utilisée notamment comme collection de référence pour l’identification de spécimens, mais aussi pour faire des comparaisons avec le passé. Par exemple, lors du projet de réintroduction du Bar rayé (Morone saxatilis), des spécimens de la collection ont été utilisés pour déterminer le régime alimentaire de l’espèce en milieu naturel. Les contenus stomacaux des derniers individus trouvés dans le fleuve Saint-Laurent avant leur disparition (spécimens datant des années 1950) ont pu être examinés afin d’évaluer ce dont les bars rayés se nourrissaient à l’époque. Ainsi, il a été possible de déterminer si les sources alimentaires nécessaires étaient présentes en vue de leur réintroduction en milieu naturel.

Le laboratoire s’est récemment doté d’équipements pour procéder à  des recherches sur la génétique. Par exemple, dernièrement, des analyses ont été réalisées pour reconnaitre l’attribution parentale des jeunes chevaliers cuivrés de l’année afin de déterminer si ces jeunes poissons sont issus de la reproduction naturelle ou de la reproduction artificielle faite pour maintenir la population.

   

Bocaux renfermant plusieurs spécimens de Laquaiches aux Yeux d’Or (Hiodon alosoides)

Quelques spécimens de la collection ichtyologique de la Direction de la gestion de la faune de l’Estrie, de Montréal, de la Montérégie et de Laval

   

    La collection de Longueuil ne cesse de grandir. En effet, chaque année elle acquiert de nouveaux spécimens provenant des différents projets d’études, mais aussi des firmes de consultants qui viennent suivre les formations offertes par Huguette Massé. La collection comprend aujourd’hui des centaines de milliers de spécimens.

     Huguette Massé ne regrette pas son choix d’être retournée aux études et d’avoir choisi la biologie. Bientôt à la retraite, elle compte bien continuer à venir aider au maintien de  la collection provinciale du Ministère et a de nombreux projets en tête. Elle encourage la conservation des collections en sciences naturelles : « Ces collections sont des traces précieuses nous permettant d’avoir un regard sur le passé. Ce sont des connaissances riches. Les collections sont l’expression de notre patrimoine collectif au Québec ! ».

Juliette Duranleau pour l’Institut québécois de la biodiversité

26 mai 2017