Le collectionneur du mois de septembre

Le collectionneur du mois fait le portrait de gens passionnés qui ont consacré une partie de leur vie à des collections québécoises.

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par Juliette Duranleau pour l’Institut québécois de la biodiversité
15 septembre 2016

Membre fondateur de l’Institut québécois de la biodiversité (IQBIO) et professeur honoraire de l’Université de Montréal, Pierre Brunel est responsable d’une collection d’invertébrés marins provenant de l’estuaire et du golfe du Saint-Laurent ainsi que de la baie d’Hudson. Cette collection, qui contient également des poissons, était constituée au départ des organismes capturés au chalut dans la baie des Chaleurs. C’est surtout à l’écologie des invertébrés marins que Pierre Brunel s’intéressera par la suite, et plus précisément aux Crustacés, groupe auquel il consacrera le plus gros de ses recherches. C’est au fil de ses nombreux projets de recherche qu’il en a fait l’une des plus grosses collections d’invertébrés marins du Québec et de l’est du Canada. Il peut d’ailleurs se vanter de posséder l’une des rares collections avec une valeur écologique autant sinon plus grande que taxonomique, ce que peu de collections des grands musées ont encore aujourd’hui. Les collections à valeur écologique servent à documenter des communautés d’espèces, leur répartition spatio-temporelle et leurs facteurs physico-chimiques dans l’écosystème, dont on peut alors comprendre le passé et prévoir l’avenir.

Plus jeune, Pierre Brunel était déjà un fervent collectionneur. Il possédait en effet des collections de timbres, de plantes et d’insectes. Il faut dire que son père Jules Brunel était un collectionneur et taxonomiste passionné, inspiré par nul autre que le frère Marie-Victorin, son maître. Pierre Brunel a donc été plongé dans la biologie dès son très jeune âge et a eu une véritable révélation pour l’étude de la mer pendant l’été 1942, à l’occasion de vacances familiales à Saint-Fabien-sur-Mer.

« Il y a une sorte de filiation depuis le frère Marie-Victorin en passant par mon père qui nous a initiés aux sciences naturelles sur le terrain et à l’observation de la nature. »

C’est par ses études que Pierre Brunel en est venu à posséder sa première collection de recherche en sciences naturelles. D’ailleurs, les spécimens qu’il a récoltés au cours de sa maîtrise (1954-1956) etclipboard03 de son doctorat (1960-1962) font encore partie de sa collection actuelle. Ensuite, il a pu récupérer les collections dont il avait la responsabilité en tant que biologiste chercheur pour le Département des Pêcheries, le gouvernement du Québec n’ayant plus la volonté de les conserver. Il est alors devenu propriétaire individuel de ces collections. Elles ont d’abord été entreposées dans un corridor du Département de biologie de l’Université de Montréal jusqu’à ce qu’on lui attribue une pièce qu’il occupera jusqu’au déménagement du département en 2019. La collection devra donc être relocalisée.

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Spécimen coup de coeur

Les Amphipodes demeurent le groupe préféré de Pierre Brunel, encore attaché à ses années de jeunesse. Il a d’ailleurs contribué à décrire en 1968 une espèce nouvelle pour la science, Anonyx sarsi (photo ci-contre). Son dernier coup de coeur va cependant à une autre nouvelle espèce. Il espère la décrire bientôt afin que son nom puisse enfin être publié.

Afin de sauvegarder sa collection d’invertébrés marins, vu l’absence d’un musée provincial, Pierre Brunel a dû la léguer au Musée canadien de la nature à Gatineau. Avec l’aide de l’IQBIO, il travaille présentement à son déménagement. Il s’est cependant assuré de pouvoir continuer à faire de la recherche sur les Amphipodes et à utiliser sa collection à des fins de publication, quitte à se rendre à Gatineau de temps en temps pour emprunter des spécimens.

Finalement, à la question, « Pourquoi collectionnez-vous? », il répond : «Je fais cela pour la sauvegarde de la biodiversité dans notre territoire, pour contribuer au patrimoine scientifique du Québec. Je veux que mes collections servent à la postérité, que n’importe qui puisse aller les consulter plus tard.»

clipboard05« J’appelle cela le gène du collectionneur, probablement inné chez beaucoup de gens. Il y en a qui ramassent des bouchons de bouteilles, d’autres des enjoliveurs de pneus d’autos, etc. Les timbres, c’est vrai que ça peut avoir de la valeur éventuellement, mais les spécimens (plantes, insectes, crustacés, etc.) peuvent aussi servir à quelque chose ! C’est une des passions que mon père botaniste m’a transmises, l’instinct de conserver, de collectionner. »