La collectionneuse du mois de mai

Huguette Massé est la responsable de la collection de poissons et d’écrevisses de la Direction de la gestion de la faune de l’Estrie, de Montréal, de Montérégie et de Laval. Cette énorme collection de spécimens d’eau douce est conservée au laboratoire du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs situé à Longueuil. Huguette Massé participe activement à l’entretien et à la gestion des spécimens, mais aussi à la recherche gouvernementale et universitaire qui se fait en lien avec la collection. Elle offre également à l’occasion des formations sur l’identification des poissons et de leurs contenus stomacaux.

« Les spécimens de la collection sont non seulement les témoins du passé, mais ils représentent également les débuts de l’étude de la faune aquatique du Québec. Ce sont ces poissons qui ont servi à identifier quelles espèces sont présentes dans nos plans d’eau. »

Avide d’apprentissages, Huguette Massé entreprend un retour aux études à l’âge de 35 ans. Elle complète alors un baccalauréat en biologie à l’Université du Québec à Montréal. Déjà captivée par l’étude des poissons, elle commence à travailler comme technicienne dans le laboratoire du professeur Réjean Fortin où elle aide les étudiants aux cycles supérieurs à identifier les spécimens de contenus stomacaux de poissons. Elle se découvre alors une véritable passion pour l’identification de poissons dégradés à partir de structures telles que les otolithes et les appareils pharyngiens. Elle commence alors à assembler une collection d’invertébrés et de structures pour pouvoir identifier les proies dans les contenus stomacaux. Elle obtient ensuite un poste au sein du réseau de suivi ichtyologique du fleuve Saint-Laurent. Ce poste lui permettra de découvrir les merveilles cachées du laboratoire du Ministère avec des collections renfermant des spécimens datant d’aussi loin que 1928.

Spécimen coup de cœur

Huguette Massé affectionne tout particulièrement un spécimen de chevalier cuivré (Moxostoma hubbsi) exposé aux bureaux de Longueuil. Il s’agit d’un squelette assemblé par Michel Bourque, vétérinaire à la retraite de Montréal, le résultat d’un travail minutieux de quelque 100 heures. Le chevalier cuivré est le seul poisson qui ne se trouve qu’au Québec. Il peut atteindre plus de 30 ans d’âge.

Ce poisson est présentement en voie de disparition, les estimations chiffrant sa population à tout au plus quelques centaines d’individus.

La collection ichtyologique de la Direction de la gestion de la faune à Longueuil est utilisée notamment comme collection de référence pour l’identification de spécimens, mais aussi pour faire des comparaisons avec le passé. Par exemple, lors du projet de réintroduction du Bar rayé (Morone saxatilis), des spécimens de la collection ont été utilisés pour déterminer le régime alimentaire de l’espèce en milieu naturel. Les contenus stomacaux des derniers individus trouvés dans le fleuve Saint-Laurent avant leur disparition (spécimens datant des années 1950) ont pu être examinés afin d’évaluer ce dont les bars rayés se nourrissaient à l’époque. Ainsi, il a été possible de déterminer si les sources alimentaires nécessaires étaient présentes en vue de leur réintroduction en milieu naturel.

Le laboratoire s’est récemment doté d’équipements pour procéder à  des recherches sur la génétique. Par exemple, dernièrement, des analyses ont été réalisées pour reconnaitre l’attribution parentale des jeunes chevaliers cuivrés de l’année afin de déterminer si ces jeunes poissons sont issus de la reproduction naturelle ou de la reproduction artificielle faite pour maintenir la population.

   

Bocaux renfermant plusieurs spécimens de Laquaiches aux Yeux d’Or (Hiodon alosoides)

Quelques spécimens de la collection ichtyologique de la Direction de la gestion de la faune de l’Estrie, de Montréal, de la Montérégie et de Laval

   

    La collection de Longueuil ne cesse de grandir. En effet, chaque année elle acquiert de nouveaux spécimens provenant des différents projets d’études, mais aussi des firmes de consultants qui viennent suivre les formations offertes par Huguette Massé. La collection comprend aujourd’hui des centaines de milliers de spécimens.

     Huguette Massé ne regrette pas son choix d’être retournée aux études et d’avoir choisi la biologie. Bientôt à la retraite, elle compte bien continuer à venir aider au maintien de  la collection provinciale du Ministère et a de nombreux projets en tête. Elle encourage la conservation des collections en sciences naturelles : « Ces collections sont des traces précieuses nous permettant d’avoir un regard sur le passé. Ce sont des connaissances riches. Les collections sont l’expression de notre patrimoine collectif au Québec ! ».

Juliette Duranleau pour l’Institut québécois de la biodiversité

26 mai 2017

LE COLLECTIONNEUR DU MOIS DE MARS

    Étienne Normandin travaille depuis deux ans comme coordonnateur de la collection entomologique Ouellet-Robert de l’Université de Montréal. À ce titre, il participe au renouvellement des spécimens, à la gestion du laboratoire, au tri et au montage des insectes ainsi qu’à plusieurs projets de recherche en lien avec la collection. Logée dans le Centre sur la biodiversité, situé sur le terrain du Jardin botanique de Montréal, la collection Ouellet-Robert est la collection la plus importante d’insectes canadiens et québécois au Québec. Elle comprend un million et demi de spécimens, principalement d’espèces indigènes. Composée majoritairement de coléoptères, elle en possède plus de 250 000.

Dès ses études secondaires, Étienne Normandin sait qu’il veut devenir entomologiste. Il apprend à identifier tous les insectes qu’il trouve et développe des connaissances particulières sur les papillons et les abeilles du Québec. Un de ses premiers contacts avec l’entomologie se fait d’ailleurs par le biais d’un élevage de papillons que lui lègue une voisine. Il participe ensuite aux congrès de l’Association des entomologistes amateurs du Québec (AEAQ), ce qui lui permet de côtoyer des spécialistes et de donner sa première conférence sur les hyménoptères. Il obtient un diplôme d’études collégiales en techniques de bioécologie au Cégep de St-Laurent, puis un baccalauréat en biologie à l’Université du Québec à Montréal. Il entreprend ensuite une maîtrise à l’Université Laval sur la biodiversité des abeilles sauvages en milieu urbain. Dans le cadre de ce projet, il capture 32 230 spécimens d’abeilles sauvages dans les régions de Québec et de Montréal. L’identification à l’espèce de tous ces spécimens lui confère une excellente expertise dans le domaine. Ayant fait don de sa collection d’abeilles accumulées durant sa maîtrise à la collection Ouellet-Robert, Étienne Normandin travaille présentement à son intégration ainsi qu’à un projet de mise à jour de la liste des Chrysididés du Québec (petites guêpes vertes cleptoparasites).

     La collection Ouellet-Robert est beaucoup moins connue que d’autres grosses collections entomologiques comme, par exemple, celle du Musée Lyman de l’Université McGill. Dans le but d’accroître sa notoriété, Étienne Normandin travaille sur plusieurs projets, tel que le développement d’un cours d’entomologie pour le public, afin de faire venir les gens au Centre sur la biodiversité et qu’ils puissent utiliser les spécimens de la collection. Il travaille également à la publication d’un guide des insectes du Québec, basé sur des spécimens de la collection Ouellet-Robert. Ce guide a pour but de faire connaître la diversité des insectes de la province, mais aussi d’inviter les chercheurs, collectionneurs et entomologistes amateurs à venir visiter la collection et à utiliser ses spécimens. Finalement, toujours dans l’optique d’ouvrir ses portes au public, Étienne Normandin a dernièrement fondé un club de curation de la collection. Ce club offre l’opportunité à plusieurs personnes de participer à l’entretien de la collection et d’apprendre des techniques de montage d’insectes.

  Vice-président de l’AEAQ, propriétaire de la compagnie de vulgarisation scientifique Animanature et cofondateur d’une ferme d’insectes à Frelighsburg, Étienne Normandin est impliqué dans de nombreux projets dans le domaine de l’entomologie. Avec les nouvelles avenues que prend la collection Ouellet-Robert, de plus en plus de chercheurs et amateurs seront invités à la consulter. De belles perspectives s’annoncent pour la collection Ouellet-Robert et son coordonnateur !

Le collectionneur du mois de février

Jean Dubé est reconnu comme le spécialiste des écrevisses du Québec. Ayant fait carrière au service de la Faune du Québec (MFFP), il a participé à la création d’une collection unique des différentes espèces d’écrevisses du Québec, conservée au laboratoire du MFFP à Longueuil. Aujourd’hui à la retraite, il continue d’être actif dans le domaine des collections en sciences naturelles. Il travaille présentement à l’informatisation de sa collection entomologique personnelle.

Jean Dubé s’intéresse aux sciences naturelles dès l’âge de huit ans. C’est à cet âge qu’il commence à collectionner plusieurs sortes d’organismes, particulièrement des insectes. Désireux d’en apprendre plus sur le monde naturel, il s’inscrit au collège de Rigaud pour pouvoir fréquenter le réputé club des jeunes naturalistes du père Louis Genest. Il acquiert par la suite une méthodologie de travail et améliore ses connaissances en identification ainsi qu’en conservation des spécimens récoltés.

Afin d’être admis au baccalauréat en biologie, Jean Dubé complète ses deux dernières années de cours classique au collège André-Grasset, davantage reconnu pour les sciences. Avant de quitter pour l’Université de Montréal, il y léguera sa collection de poissons d’eau douce. Déjà spécialiste des coléoptères carabidés pendant son baccalauréat, il décide de poursuivre des études supérieures en entomologie forestière et de contribuer ainsi à une meilleure connaissance de l’écologie de ce groupe d’insectes. Un peu avant de terminer sa maîtrise, il se fait offrir un poste au service de la Faune à Hull. Il est alors le premier biologiste à travailler au parc Papineau-Labelle. Moins d’un an plus tard, un poste d’invertébriste s’ouvre à Montréal. Jean Dubé obtient le poste et il demeurera à l’emploi du service de la Faune jusqu’à l’heure de sa retraite en 2007.

« Je suis biologiste de formation, mais collectionneur de naissance. À l’âge de huit ans, j’avais une collection d’insectes. C’est vraiment une passion. Dès l’âge de neuf ans, je savais que je voulais travailler dehors avec les plantes et les animaux. Je me suis informé et on m’a dit que c’était le métier de biologiste. Mon choix de carrière était alors déjà réglé. »

Écrevisse à pinces bleues, (Orconectes virilis), Illustration de Pierre Bilodeau

Spécimen coup de cœur

« L’écrevisse géante (Cambarus robustus) est, d’après moi, l’espèce qui offre le plus de potentiel pour la capture et la consommation en famille. En plus d’être des organismes qui n’accumulent pas les contaminants, contrairement aux moules, les écrevisses sont comestibles et goûteuses. »

Écrevisse géante (Cambarus robustus)

C’est la lecture d’un bulletin français de pisciculture qui a amené Jean Dubé à s’intéresser aux écrevisses. On y abordait le problème de l’écrevisse américaine (Orconectes limosus), une espèce introduite dans les bassins qui avait remplacé les espèces indigènes en leur transmettant la peste de l’écrevisse. En examinant des échantillons provenant d’une étude menée pour estimer le potentiel commercial du lac St-Pierre pour les écrevisses et déterminer leur degré de contamination, on y avait justement noté la présence majoritaire de l’écrevisse américaine. Jean Dubé a donc entrepris l’étude de la répartition géographique des différentes espèces d’écrevisse du Québec afin de mieux documenter le sujet et d’éviter qu’une situation semblable à celle des piscicultures françaises ne se reproduise ici. Il a alors reçu énormément d’échantillons d’écrevisses provenant d’un peu partout au Québec, surtout des captures accidentelles dans le cadre d’inventaires ichtyologiques effectués par le service de la Faune dans diverses régions du Québec. De ces échantillons est née la collection d’écrevisses du Ministère  ainsi que la monographie publiée en 2007 faisant un rapport complet des connaissances de l’époque sur les huit espèces d’écrevisses présentes au Québec. Jean Dubé a consacré une bonne partie de ses dernières années au Ministère à compléter et informatiser la collection. Ainsi, la collection a pu être mise en valeur et pourra être utilisée pour de futures recherches, l’étude des écrevisses au Québec et en Amérique du Nord étant encore en pleine évolution.

À la question, « Pourquoi les collections sont-elles importantes selon vous ? », il répond : « C’est la seule manière d’échantillonner dans le passé. Avec les progrès de la biologie et de la génétique, on peut tout faire. Même sans l’ADN, on peut avoir une idée sur comment la répartition géographique des espèces change dans le temps. Les écrevisses sont un cas particulier, c’est encore en pleine expansion, la répartition géographique est dynamique. C’est grâce aux collections qu’on peut voir comment c’était dans le passé. »

Écrevisse de ruisseau (Cambarus bartoni)

Le collectionneur du mois de janvier

Anthony Howell est le conservateur et le gestionnaire des collections d’histoire naturelle du musée Redpath de l’Université McGill. Il est responsable des quelque 425 000 spécimens des collections zoologiques, minéralogiques et paléontologiques hébergées au Musée. Il participe activement à l’entretien et à la gestion des spécimens, mais aussi à la recherche universitaire qui utilise les collections de sciences naturelles. En effet, plusieurs chercheurs tentent de comparer des spécimens historiques avec des spécimens récents afin d’établir les changements qui s’opèrent avec le temps.

« La plupart des gens ne savent pas qu’un musée, au-delà de ses expositions, a également un rôle extrêmement important dans la recherche sur l’histoire naturelle. Ce rôle est de conserver l’histoire de l’histoire naturelle, c’est-à-dire l’histoire de la recherche sur la nature. »

Anthony Howell a complété un baccalauréat en anthropologie à l’Université Concordia. Il était déjà actif comme bénévole au musée Redpath lorsqu’un poste de technicien en zoologie a été affiché. Après avoir obtenu le poste, il a décidé d’abandonner ses démarches de maîtrise en anthropologie pour se consacrer à ses nouvelles fonctions. Ayant toujours été grandement intéressé par les sciences naturelles et la muséologie, il y voyait une excellente opportunité de continuer à faire de la recherche tout en travaillant dans un musée. Son poste de technicien s’est rapidement transformé en gestionnaire des collections d’histoire naturelle du musée Redpath où il travaille activement depuis près de 10 ans.

Spécimen coup de cœur
Anthony Howell affectionne tout particulièrement un spécimen historique exposé au 2e étage du musée Redpath. Il s’agit d’un squelette de béluga avec une histoire bien particulière. Ce squelette a été extrait en 1895 du sol de la briqueterie Smith situé sous le pont Jacques-Cartier à Montréal.

Ce béluga aurait vécu dans la mer postglaciaire qui recouvrait une bonne partie des basses terres du Saint-Laurent il y a de cela presque 12 000 à 10 000 ans. La vue de ce spécimen lui rappelle qu’avant la ville, la nature était omniprésente à Montréal et qu’à travers les siècles  la nature et les paysages sont en perpétuel changement.

Le Musée Redpath

Datant de 1882, le musée Redpath est le plus vieux musée d’histoire naturelle au Canada. Il n’abritait au départ que les collections zoologiques, de fossiles et de minéraux de Sir William Dawson, éminent naturaliste, alors principal de l’Université McGill. Ce musée s’est rapidement agrandi et il loge aujourd’hui de vastes collections de paléontologie, de zoologie, de minéralogie et d’ethnologie. Autrefois surtout reconnu comme musée d’exposition, il est devenu depuis les années 1970 beaucoup plus axé sur la recherche. Il possède désormais plusieurs laboratoires et il dispose également d’un amphithéâtre d’enseignement, offrant des cours aux étudiants de l’université. Les projets de recherche réalisés au Musée sont surtout centrés sur l’évolution de la vie sur Terre, de l’étude des vestiges paléontologiques à l’observation des espèces contemporaines. La recherche scientifique réalisée au musée Redpath s’appuie sur des collections de fossiles, d’animaux naturalisés et de minéraux, la plupart provenant du Québec. Ce matériel est utilisé chaque jour pour une multitude de cours et de projets de recherche.  De nombreux spécimens sont prêtés à d’autres institutions afin de contribuer à l’avancement de la science.

Fossile d’une graine de plante du genre Cordaites, spécimen original de la collection de Sir William Dawson, fondateur du musée Redpath

Quelques spécimens de la collection ornithologique du musée Redpath

Le musée Redpath est présentement très actif et en pleine restructuration. Il reçoit régulièrement de nouvelles collections et il réalise et appuie de nombreux projets de recherche. La direction et le personnel souhaitent que tous les spécimens utilisés pour la recherche soient gardés et accessibles directement au Musée. Le but de cette restructuration consiste également à faciliter les collaborations avec les chercheurs. Comme l’explique Anthony Howell : « Tout cela va d’abord commencer par des rénovations. Nous aimerions retrouver le style du Musée comme il était avant, à sa construction, c’est-à-dire rouvrir les espaces sur les étages supérieurs pour avoir davantage d’expositions et déménager les bureaux de recherche dans les étages inférieurs. » Anthony Howell est très emballé par ces changements : « L’avenir du musée Redpath comporte, certes, beaucoup de défis, mais il y aura l’intégration de plusieurs nouvelles collections et de nouvelles collaborations qui feront progresser le Musée. Nous sommes sur une excellente voie! »

Juliette Duranleau pour l’Institut québécois de la biodiversité

19 janvier 2017

Le collectionneur du mois de décembre

Raymond Archambault est le conservateur du fongarium du Cercle des mycologues de Montréal (CMM). Cette collection réunit des champignons récoltés sur une période de 20 ans par Yves Lamoureux, ainsi que plusieurs autres collections mycologiques léguées par des chercheurs universitaires et des mycologues amateurs. Le fongarium compte plus de 20 000 spécimens séchés dont une partie a été photographiée à l’état frais avant séchage, ce qui en fait une collection exceptionnelle. Depuis son déménagement au Centre sur la biodiversité en 2011, le fongarium continue de s’enrichir grâce à l’ajout d’importantes collections réalisées par les mycologues de différentes régions du Québec.

Raymond Archambault a fait ses études à l’Université de Montréal, où il a complété une maîtrise en phytopathologie. Son directeur Peterjürgen Neumann l’a alors initié au monde merveilleux des champignons. Son intérêt marqué pour la mycologie l’a amené à être actif au sein du CMM dès le début de ses études supérieures. Botaniste de formation et de profession (il a enseigné à l’école Louis-Riel pendant plus de 25 ans), Raymond Archambault s’est impliqué de plus en plus en tant que mycologue au sein du CMM. Il a d’ailleurs été président de cet organisme pendant 29 ans et a été impliqué dans plusieurs de leurs importants projets, dont la création d’une collection scientifique de champignons du Québec, le fongarium, et son déménagement au Centre de la biodiversité. Il est depuis lors, conservateur de cette collection.

Le fongarium

Jugeant qu’une collection facilement accessible (pouvant servir à l’étude des champignons macroscopiques par les mycologues amateurs) manquait au Québec, le CMM décide en 1988 d’engager Yves Lamoureux comme conseiller scientifique pour entreprendre une telle collection. Au départ, le but du fongarium était de fournir un outil de référence pour aider les mycologues amateurs à développer leurs connaissances et mieux connaître les champignons du Québec. Avec le temps, le fongarium s’est davantage orienté vers la recherche et est maintenant devenu une collection de recherche sollicitée par des chercheurs et étudiants de plusieurs continents.

Le fongarium est une collection relativement petite, mais très performante et très bien documentée. Au Centre de la biodiversité, les champignons sont entreposés dans un local où la température et l’humidité sont contrôlées, ce qui permet une meilleure conservation à long terme des spécimens.

« L’étude des champignons est tout à fait passionnante ! Il s’agit d’un domaine tellement diversifié, on a énormément de découvertes à y faire. Seulement au Québec, on découvre entre 10 et 20 nouvelles espèces de macromycètes par année. La mycologie a un potentiel énorme dans toutes sortes de secteurs comme la bioremédiation ou encore la médecine. Par exemple, la ciclosporine, isolée d’un champignon, a permis dans les années 80 d’accroître considérablement le succès des greffes chez les humains. »

Collection coup de cœur

La collection préférée de Raymond Archambault est la collection fondatrice, la toute première collection du fongarium réalisée par Yves Lamoureux. « C’est une collection d’une qualité exceptionnelle faite par un grand mycologue. Yves Lamoureux a une démarche personnelle très méticuleuse et précise, ce qui fait en sorte que la collection est absolument remarquable. »

Amanita rubescens, un champignon assez répandu au Québec (photo de Yves Lamoureux, CMMF000224)

Raymond Archambault souhaite vivement que le fongarium serve de plus en plus à la recherche et à la mycologie amateur. Il aimerait augmenter sa visibilité et le faire connaître mondialement pour contribuer au développement de nouvelles connaissances. Il aimerait également continuer à y intégrer de nouvelles collections mycologiques. Rappelons que depuis son déménagement au Centre sur la biodiversité, 13 collections importantes ont été déposées au fongarium en plus d’autres collections plus petites d’origines diverses. Plusieurs collections anciennes ont ainsi pu être sauvées. Raymond Archambault encourage donc fortement les propriétaires de collections mycologiques à le contacter s’ils souhaitent intégrer leur collection au fongarium du Cercle des mycologues de Montréal.

Juliette Duranleau, 15 décembre 2016

Le collectionneur du mois de novembre

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Agent de recherche au Département de sciences biologiques de l’Université de Montréal et assistant conservateur de l’Herbier Marie-Victorin pendant plus de 30 ans, Stuart Hay a participé à de nombreux projets de recherche en écologie végétale et en floristique pendant son carrière. Au­jourd’hui à la retraite, il continue de faire des sorties d’herborisation pour récolter des spécimens qu’il dépose ensuite à l’Herbier Marie-Victorin.

Cet herbier fait partie de l’Institut de recherche en biologie végétale de l’Université de Montréal. Il héberge une vaste collection de plantes vasculaires et de bryophytes provenant du monde entier. Avec plus de 634 640 spécimens, il est reconnu mondiale­ment et se place au 4ième rang parmi les herbiers canadiens. Il sert principalement à la recherche et à l’enseignement universitaire.

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Stuart Hay débute ses études à London en Ontario, où il complète un baccalauréat en biologie. Rien ne le prédestinait alors à devenir un collectionneur de plantes. C’est en 1970, lors de son arrivée au Québec pour poursuivre des études supérieures, qu’il découvre la Flore laurentienne, l’œuvre remarquable de Marie-Victorin. Il rencontre alors André Bouchard, étudiant en écologie végétale, qui l’introduit à l’histoire de la botanique au Québec et qui lui fait découvrir ses grands botanistes. André Bouchard l’amène également au Jardin botanique et à l’Institut botanique où il découvre pour la première fois l’Herbier Marie-Victorin. La rencontre est déterminante. Il devient assistant de terrain pour les études doctorales d’André Bouchard et ils se rendent trois étés de suite sur la côte ouest de Terre-Neuve pour y faire des inventaires de la végétation et de la flore du nouveau parc national, Gros Morne. Il s’inscrit à la maîtrise à l’Université de Montréal où il fréquentera l’Herbier Marie-Victorin tout au long de ses études. Peu après, il est engagé comme agent de recherche et assistant conservateur de l’Herbier Marie-Victorin.

stu3En tant qu’agent de recherche, Stuart Hay a pris part à plusieurs projets avec des professeurs de l’Université de Montréal. Il a participé à l’élaboration d’un guide des plantes rares du Québec sous l’égide du Musée national du Canada. Ce travail était piloté par André Bouchard, alors professeur d’écologie végétale et directeur de la division de la recherche au Jardin botanique. Dans le cadre de ce projet, l’équipe de chercheurs a consulté de nombreux herbiers à travers la province afin de recenser toutes les plantes du Québec et d’étudier leur répartition. C’est donc grâce aux collections de recherche, conservées en herbier, qu’ils ont pu établir la rareté des espèces de la flore. Ce guide majeur est encore la base de nos connaissances actuelles sur les plantes rares du Québec. Un inventaire similaire a également été effectué pour les plantes vasculaires rares à Terre-Neuve.

Un autre projet auquel il a collaboré est la réalisation de la Flore nordique du Québec et du Labrador. Ce projet est conduit par le Centre d’études nordiques de l’Université Laval qui a décidé qu’il était temps de combler le manque de connaissances qu’on avait sur cette flore. C’est un énorme travail qui regroupe une douzaine de chercheurs et botanistes. Stuart Hay était responsable du chapitre sur la famille des Joncacées. Encore une fois, les chercheurs utilisent des spécimens d’herbier conservés dans plusieurs institutions québécoises, canadiennes et étrangères. Ils doivent d’abord valider les identifications et ensuite baser leurs descriptions sur ces spécimens d’herbier.

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Spécimen coup de cœur

Stuart Hay a eu la chance de découvrir quelques nouvelles espèces pour la première fois au Québec. Un bel exemple est le scirpe à crochets (ci-contre), membre de la famille des Cypéracées. Il s’agit également de l’unique mention de cette espèce au Canada. Dans ce cas, ce n’est pas une de ses propres récoltes, mais sa correction du nom d’un spécimen ancien mal identifié, conservé dans l’Herbier Marie-Victorin et récolté en 1924 en Mauricie,  à Sainte-Flore !  Malgré quelques recherches, personne n’a encore réussi à relocaliser la plante en nature.

Stuart Hay affirme qu’il faut promouvoir la récolte de spécimens et leur dépôt dans des collections de recherche comme l’Herbier Marie-Victorin. Cela permet d’agrandir nos connaissances sur la biodiversité, de valider les identifications de spécimens, de déceler les erreurs et peut-être même de faire des ajouts à la flore d’une région.

Juliette Duranleau, le 22 novembre 2016

Le collectionneur du mois d’octobre

Le collectionneur du mois fait le portrait de gens passionnés qui ont consacré une partie de leur vie à des collections québécoises.

captureCollectionneur passionné depuis 60 ans, Claude Chantal est propriétaire d’une collection entomologique colossale. En effet, sa collection personnelle comprend plus de 30 000 insectes du Québec (dont 3 100 espèces de coléoptères) et presque autant de l’extérieur (Canada hors-Québec, États-Unis, Europe, Afrique et Asie). Il possède en plus près de 300 000 spécimens en double qu’il réserve pour des échanges avec d’autres collectionneurs.

Tous les insectes de sa collection sont montés sur des épingles entomologiques et étiquetés selon une méthode bien précise. Claude Chantal consacre beaucoup de temps à sa collection. En effet, il y passe quelques heures à tous les jours afin de poursuivre l’identification et le montage de ses spécimens. Les insectes séchés se décolorant avec les années, il doit aussi en assurer un entretien régulier.
Claude Chantal a fait ses débuts comme collectionneur en 1956, lors de son séjour à la Colonie des Amicales, camp de vacances tenu par les Frères des Écoles chrétiennes. Ses premiers pas dans le domaine des collections scientifiques en sciences naturelles ont été faits grâce au frère Firmin Laliberté, pionnier de l’entomologie au Québec, qui lui a appris comment identifier et étiqueter les spécimens récoltés. Claude Chantal a d’ailleurs fondé, avec le frère Firmin Laliberté et 11 autres passionnés d’insectes, l’Association des entomologistes amateurs du Québec, dont il a été le président à plusieurs reprises.

capture2Passe-temps favori de Claude Chantal, l’entomologie est rapidement devenue l’occupation habituelle de ses fins de semaine. Avec son ami Jean-Charles Aubé, il a effectué bon nombre de sorties pour récolter des insectes dans plusieurs régions du Québec. Ses études en techniques de sciences naturelles l’ont conduit à occuper des emplois étudiants à l’île d’Anticosti et dans la région d’Ottawa, où il a récolté beaucoup de spécimens. Un poste à Pêches et Océans Canada l’a amené par la suite à demeurer à Sept-Îles, où il a continué d’accroître sa collection entomologique. Celle-ci couvre presque toutes les régions du Québec, et continue de s’agrandir maintenant qu’il est retraité et pratique toujours ses sorties sur le terrain.

Spécimens coup de cœur
Hoshihananomia octomaculata, une espèce de mordellidés
Groupe composé d’une cinquantaine d’espèces indigènes du Québec, les mordellidés sont les spécimens coup de cœur de Claude Chantal. En effet, il étudie déjà depuis plusieurs années ces coléoptères sauteurs et aimerait leur dédier un manuel d’identification. Il travaille présentement sur 15 nouvelles mentions d’espèces, 35 mordellidés étant officiellement connues au Québec.

Claude Chantal a pris part à de nombreuses publications scientifiques. Il a fourni à plusieurs reprises des spécimens de sa collection pour servir de spécimens-types (spécimen-type, utilisé pour la publication originale d’une nouvelle espèce ou sous-espèce) dans la description originale de nouvelles espèces. Malheureusement, il  n’a pas décrit lui-même de nouvelle espèce parce que, comme collectionneur privé, il n’a pas accès aux ressources matérielles présentes dans les musées et les  grandes institutions publiques, notamment l’emprunt de spécimens. Cependant sa réputation est largement reconnue par la communauté des entomologistes. Plusieurs espèces de coléoptères lui ont même été dédiées, par exemple Oxypoda chantali, décrite en 2006 par Jan Klimaszweski qui reconnaissait en Claude Chantal un « outstanding collector of beetles » (Canadian Entomologist, vol. 138, p. 822). Hemiphileurus chantali, une nouvelle espèce du Pérou qui vient tout juste d’être décrite, est nommée en hommage à « un entomologiste passionné qui étudie les coléoptères du Québec depuis plus de 45 ans » (Coléoptères, vol. 22, p. 16, 2016).

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capture4Claude Chantal cherche une institution à laquelle il pourra léguer sa collection, dans un avenir plus ou moins rapproché. Il veut cependant s’assurer de pouvoir continuer à consulter ses spécimens et aimerait que sa collection demeure au Québec. Son imposante bibliothèque, qui comporte notamment des publications entomologiques assez rares, devra éventuellement aussi être léguée et déménagée.

Juliette Duranleau pour l’Institut québécois de la biodiversité
23 octobre 2016

Le collectionneur du mois de septembre

Le collectionneur du mois fait le portrait de gens passionnés qui ont consacré une partie de leur vie à des collections québécoises.

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par Juliette Duranleau pour l’Institut québécois de la biodiversité
15 septembre 2016

Membre fondateur de l’Institut québécois de la biodiversité (IQBIO) et professeur honoraire de l’Université de Montréal, Pierre Brunel est responsable d’une collection d’invertébrés marins provenant de l’estuaire et du golfe du Saint-Laurent ainsi que de la baie d’Hudson. Cette collection, qui contient également des poissons, était constituée au départ des organismes capturés au chalut dans la baie des Chaleurs. C’est surtout à l’écologie des invertébrés marins que Pierre Brunel s’intéressera par la suite, et plus précisément aux Crustacés, groupe auquel il consacrera le plus gros de ses recherches. C’est au fil de ses nombreux projets de recherche qu’il en a fait l’une des plus grosses collections d’invertébrés marins du Québec et de l’est du Canada. Il peut d’ailleurs se vanter de posséder l’une des rares collections avec une valeur écologique autant sinon plus grande que taxonomique, ce que peu de collections des grands musées ont encore aujourd’hui. Les collections à valeur écologique servent à documenter des communautés d’espèces, leur répartition spatio-temporelle et leurs facteurs physico-chimiques dans l’écosystème, dont on peut alors comprendre le passé et prévoir l’avenir.

Plus jeune, Pierre Brunel était déjà un fervent collectionneur. Il possédait en effet des collections de timbres, de plantes et d’insectes. Il faut dire que son père Jules Brunel était un collectionneur et taxonomiste passionné, inspiré par nul autre que le frère Marie-Victorin, son maître. Pierre Brunel a donc été plongé dans la biologie dès son très jeune âge et a eu une véritable révélation pour l’étude de la mer pendant l’été 1942, à l’occasion de vacances familiales à Saint-Fabien-sur-Mer.

« Il y a une sorte de filiation depuis le frère Marie-Victorin en passant par mon père qui nous a initiés aux sciences naturelles sur le terrain et à l’observation de la nature. »

C’est par ses études que Pierre Brunel en est venu à posséder sa première collection de recherche en sciences naturelles. D’ailleurs, les spécimens qu’il a récoltés au cours de sa maîtrise (1954-1956) etclipboard03 de son doctorat (1960-1962) font encore partie de sa collection actuelle. Ensuite, il a pu récupérer les collections dont il avait la responsabilité en tant que biologiste chercheur pour le Département des Pêcheries, le gouvernement du Québec n’ayant plus la volonté de les conserver. Il est alors devenu propriétaire individuel de ces collections. Elles ont d’abord été entreposées dans un corridor du Département de biologie de l’Université de Montréal jusqu’à ce qu’on lui attribue une pièce qu’il occupera jusqu’au déménagement du département en 2019. La collection devra donc être relocalisée.

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Spécimen coup de coeur

Les Amphipodes demeurent le groupe préféré de Pierre Brunel, encore attaché à ses années de jeunesse. Il a d’ailleurs contribué à décrire en 1968 une espèce nouvelle pour la science, Anonyx sarsi (photo ci-contre). Son dernier coup de coeur va cependant à une autre nouvelle espèce. Il espère la décrire bientôt afin que son nom puisse enfin être publié.

Afin de sauvegarder sa collection d’invertébrés marins, vu l’absence d’un musée provincial, Pierre Brunel a dû la léguer au Musée canadien de la nature à Gatineau. Avec l’aide de l’IQBIO, il travaille présentement à son déménagement. Il s’est cependant assuré de pouvoir continuer à faire de la recherche sur les Amphipodes et à utiliser sa collection à des fins de publication, quitte à se rendre à Gatineau de temps en temps pour emprunter des spécimens.

Finalement, à la question, « Pourquoi collectionnez-vous? », il répond : «Je fais cela pour la sauvegarde de la biodiversité dans notre territoire, pour contribuer au patrimoine scientifique du Québec. Je veux que mes collections servent à la postérité, que n’importe qui puisse aller les consulter plus tard.»

clipboard05« J’appelle cela le gène du collectionneur, probablement inné chez beaucoup de gens. Il y en a qui ramassent des bouchons de bouteilles, d’autres des enjoliveurs de pneus d’autos, etc. Les timbres, c’est vrai que ça peut avoir de la valeur éventuellement, mais les spécimens (plantes, insectes, crustacés, etc.) peuvent aussi servir à quelque chose ! C’est une des passions que mon père botaniste m’a transmises, l’instinct de conserver, de collectionner. »