Tous les articles par Juliette Duranleau

Le collectionneur du mois de février

Jean Dubé est reconnu comme le spécialiste des écrevisses du Québec. Ayant fait carrière au service de la Faune du Québec (MFFP), il a participé à la création d’une collection unique des différentes espèces d’écrevisses du Québec, conservée au laboratoire du MFFP à Longueuil. Aujourd’hui à la retraite, il continue d’être actif dans le domaine des collections en sciences naturelles. Il travaille présentement à l’informatisation de sa collection entomologique personnelle.

Jean Dubé s’intéresse aux sciences naturelles dès l’âge de huit ans. C’est à cet âge qu’il commence à collectionner plusieurs sortes d’organismes, particulièrement des insectes. Désireux d’en apprendre plus sur le monde naturel, il s’inscrit au collège de Rigaud pour pouvoir fréquenter le réputé club des jeunes naturalistes du père Louis Genest. Il acquiert par la suite une méthodologie de travail et améliore ses connaissances en identification ainsi qu’en conservation des spécimens récoltés.

Afin d’être admis au baccalauréat en biologie, Jean Dubé complète ses deux dernières années de cours classique au collège André-Grasset, davantage reconnu pour les sciences. Avant de quitter pour l’Université de Montréal, il y léguera sa collection de poissons d’eau douce. Déjà spécialiste des coléoptères carabidés pendant son baccalauréat, il décide de poursuivre des études supérieures en entomologie forestière et de contribuer ainsi à une meilleure connaissance de l’écologie de ce groupe d’insectes. Un peu avant de terminer sa maîtrise, il se fait offrir un poste au service de la Faune à Hull. Il est alors le premier biologiste à travailler au parc Papineau-Labelle. Moins d’un an plus tard, un poste d’invertébriste s’ouvre à Montréal. Jean Dubé obtient le poste et il demeurera à l’emploi du service de la Faune jusqu’à l’heure de sa retraite en 2007.

« Je suis biologiste de formation, mais collectionneur de naissance. À l’âge de huit ans, j’avais une collection d’insectes. C’est vraiment une passion. Dès l’âge de neuf ans, je savais que je voulais travailler dehors avec les plantes et les animaux. Je me suis informé et on m’a dit que c’était le métier de biologiste. Mon choix de carrière était alors déjà réglé. »

Écrevisse à pinces bleues, (Orconectes virilis), Illustration de Pierre Bilodeau

Spécimen coup de cœur

« L’écrevisse géante (Cambarus robustus) est, d’après moi, l’espèce qui offre le plus de potentiel pour la capture et la consommation en famille. En plus d’être des organismes qui n’accumulent pas les contaminants, contrairement aux moules, les écrevisses sont comestibles et goûteuses. »

Écrevisse géante (Cambarus robustus)

C’est la lecture d’un bulletin français de pisciculture qui a amené Jean Dubé à s’intéresser aux écrevisses. On y abordait le problème de l’écrevisse américaine (Orconectes limosus), une espèce introduite dans les bassins qui avait remplacé les espèces indigènes en leur transmettant la peste de l’écrevisse. En examinant des échantillons provenant d’une étude menée pour estimer le potentiel commercial du lac St-Pierre pour les écrevisses et déterminer leur degré de contamination, on y avait justement noté la présence majoritaire de l’écrevisse américaine. Jean Dubé a donc entrepris l’étude de la répartition géographique des différentes espèces d’écrevisse du Québec afin de mieux documenter le sujet et d’éviter qu’une situation semblable à celle des piscicultures françaises ne se reproduise ici. Il a alors reçu énormément d’échantillons d’écrevisses provenant d’un peu partout au Québec, surtout des captures accidentelles dans le cadre d’inventaires ichtyologiques effectués par le service de la Faune dans diverses régions du Québec. De ces échantillons est née la collection d’écrevisses du Ministère  ainsi que la monographie publiée en 2007 faisant un rapport complet des connaissances de l’époque sur les huit espèces d’écrevisses présentes au Québec. Jean Dubé a consacré une bonne partie de ses dernières années au Ministère à compléter et informatiser la collection. Ainsi, la collection a pu être mise en valeur et pourra être utilisée pour de futures recherches, l’étude des écrevisses au Québec et en Amérique du Nord étant encore en pleine évolution.

À la question, « Pourquoi les collections sont-elles importantes selon vous ? », il répond : « C’est la seule manière d’échantillonner dans le passé. Avec les progrès de la biologie et de la génétique, on peut tout faire. Même sans l’ADN, on peut avoir une idée sur comment la répartition géographique des espèces change dans le temps. Les écrevisses sont un cas particulier, c’est encore en pleine expansion, la répartition géographique est dynamique. C’est grâce aux collections qu’on peut voir comment c’était dans le passé. »

Écrevisse de ruisseau (Cambarus bartoni)

Le collectionneur du mois de janvier

Anthony Howell est le conservateur et le gestionnaire des collections d’histoire naturelle du musée Redpath de l’Université McGill. Il est responsable des quelque 425 000 spécimens des collections zoologiques, minéralogiques et paléontologiques hébergées au Musée. Il participe activement à l’entretien et à la gestion des spécimens, mais aussi à la recherche universitaire qui utilise les collections de sciences naturelles. En effet, plusieurs chercheurs tentent de comparer des spécimens historiques avec des spécimens récents afin d’établir les changements qui s’opèrent avec le temps.

« La plupart des gens ne savent pas qu’un musée, au-delà de ses expositions, a également un rôle extrêmement important dans la recherche sur l’histoire naturelle. Ce rôle est de conserver l’histoire de l’histoire naturelle, c’est-à-dire l’histoire de la recherche sur la nature. »

Anthony Howell a complété un baccalauréat en anthropologie à l’Université Concordia. Il était déjà actif comme bénévole au musée Redpath lorsqu’un poste de technicien en zoologie a été affiché. Après avoir obtenu le poste, il a décidé d’abandonner ses démarches de maîtrise en anthropologie pour se consacrer à ses nouvelles fonctions. Ayant toujours été grandement intéressé par les sciences naturelles et la muséologie, il y voyait une excellente opportunité de continuer à faire de la recherche tout en travaillant dans un musée. Son poste de technicien s’est rapidement transformé en gestionnaire des collections d’histoire naturelle du musée Redpath où il travaille activement depuis près de 10 ans.

Spécimen coup de cœur
Anthony Howell affectionne tout particulièrement un spécimen historique exposé au 2e étage du musée Redpath. Il s’agit d’un squelette de béluga avec une histoire bien particulière. Ce squelette a été extrait en 1895 du sol de la briqueterie Smith situé sous le pont Jacques-Cartier à Montréal.

Ce béluga aurait vécu dans la mer postglaciaire qui recouvrait une bonne partie des basses terres du Saint-Laurent il y a de cela presque 12 000 à 10 000 ans. La vue de ce spécimen lui rappelle qu’avant la ville, la nature était omniprésente à Montréal et qu’à travers les siècles  la nature et les paysages sont en perpétuel changement.

Le Musée Redpath

Datant de 1882, le musée Redpath est le plus vieux musée d’histoire naturelle au Canada. Il n’abritait au départ que les collections zoologiques, de fossiles et de minéraux de Sir William Dawson, éminent naturaliste, alors principal de l’Université McGill. Ce musée s’est rapidement agrandi et il loge aujourd’hui de vastes collections de paléontologie, de zoologie, de minéralogie et d’ethnologie. Autrefois surtout reconnu comme musée d’exposition, il est devenu depuis les années 1970 beaucoup plus axé sur la recherche. Il possède désormais plusieurs laboratoires et il dispose également d’un amphithéâtre d’enseignement, offrant des cours aux étudiants de l’université. Les projets de recherche réalisés au Musée sont surtout centrés sur l’évolution de la vie sur Terre, de l’étude des vestiges paléontologiques à l’observation des espèces contemporaines. La recherche scientifique réalisée au musée Redpath s’appuie sur des collections de fossiles, d’animaux naturalisés et de minéraux, la plupart provenant du Québec. Ce matériel est utilisé chaque jour pour une multitude de cours et de projets de recherche.  De nombreux spécimens sont prêtés à d’autres institutions afin de contribuer à l’avancement de la science.

Fossile d’une graine de plante du genre Cordaites, spécimen original de la collection de Sir William Dawson, fondateur du musée Redpath

Quelques spécimens de la collection ornithologique du musée Redpath

Le musée Redpath est présentement très actif et en pleine restructuration. Il reçoit régulièrement de nouvelles collections et il réalise et appuie de nombreux projets de recherche. La direction et le personnel souhaitent que tous les spécimens utilisés pour la recherche soient gardés et accessibles directement au Musée. Le but de cette restructuration consiste également à faciliter les collaborations avec les chercheurs. Comme l’explique Anthony Howell : « Tout cela va d’abord commencer par des rénovations. Nous aimerions retrouver le style du Musée comme il était avant, à sa construction, c’est-à-dire rouvrir les espaces sur les étages supérieurs pour avoir davantage d’expositions et déménager les bureaux de recherche dans les étages inférieurs. » Anthony Howell est très emballé par ces changements : « L’avenir du musée Redpath comporte, certes, beaucoup de défis, mais il y aura l’intégration de plusieurs nouvelles collections et de nouvelles collaborations qui feront progresser le Musée. Nous sommes sur une excellente voie! »

Juliette Duranleau pour l’Institut québécois de la biodiversité

19 janvier 2017