Tous les articles par André Lapointe

Nouvelles brèves de l’IQBIO

Le 4 mai dernier, avait lieu la 14ième Assemblée générale annuelle (AGA) de l’IQBIO au Musée Redpath sur le campus de l’université McGill dans le centre ville de Montréal. L’AGA qui se tenait l’après midi a été suivi d’une visite très appréciée des collections du musée guidée par son responsable, Anthony Howell.

Au cours de l’assemblée, nous avons fait part aux membres présents de l’avancement des différents dossiers sur lesquels travaillent nos comités. Le premier rapport annuel de l’IQBIO (2016) a été présenté. Une copie de ce rapport a été mise sous l’onglet Publications/Mémoires et rapports.  (Rapport annuel 2016)

Soulignons qu’à cette occasion, un nouveau Conseil d’administration a été fondé. Deux nouveaux administrateurs ont été élus, Raymond Archambault et Juliette Duranleau. Nous profitons de l’occasion pour remercier nos administrateurs sortant Jean-Pierre Bourrassa et Alexis Lafleur qui ont dû démissionner pour raisons personnelles. Les deux ont beaucoup apporté à l’IQBIO. Alexis continuera de s’impliquer dans le comité du site Web et dans la page Facebook de l’IQBIO.

Bernadette Jacquaz, Présidente, le 18 mai 2017

LE COLLECTIONNEUR DU MOIS DE MARS

    Étienne Normandin travaille depuis deux ans comme coordonnateur de la collection entomologique Ouellet-Robert de l’Université de Montréal. À ce titre, il participe au renouvellement des spécimens, à la gestion du laboratoire, au tri et au montage des insectes ainsi qu’à plusieurs projets de recherche en lien avec la collection. Logée dans le Centre sur la biodiversité, situé sur le terrain du Jardin botanique de Montréal, la collection Ouellet-Robert est la collection la plus importante d’insectes canadiens et québécois au Québec. Elle comprend un million et demi de spécimens, principalement d’espèces indigènes. Composée majoritairement de coléoptères, elle en possède plus de 250 000.

Dès ses études secondaires, Étienne Normandin sait qu’il veut devenir entomologiste. Il apprend à identifier tous les insectes qu’il trouve et développe des connaissances particulières sur les papillons et les abeilles du Québec. Un de ses premiers contacts avec l’entomologie se fait d’ailleurs par le biais d’un élevage de papillons que lui lègue une voisine. Il participe ensuite aux congrès de l’Association des entomologistes amateurs du Québec (AEAQ), ce qui lui permet de côtoyer des spécialistes et de donner sa première conférence sur les hyménoptères. Il obtient un diplôme d’études collégiales en techniques de bioécologie au Cégep de St-Laurent, puis un baccalauréat en biologie à l’Université du Québec à Montréal. Il entreprend ensuite une maîtrise à l’Université Laval sur la biodiversité des abeilles sauvages en milieu urbain. Dans le cadre de ce projet, il capture 32 230 spécimens d’abeilles sauvages dans les régions de Québec et de Montréal. L’identification à l’espèce de tous ces spécimens lui confère une excellente expertise dans le domaine. Ayant fait don de sa collection d’abeilles accumulées durant sa maîtrise à la collection Ouellet-Robert, Étienne Normandin travaille présentement à son intégration ainsi qu’à un projet de mise à jour de la liste des Chrysididés du Québec (petites guêpes vertes cleptoparasites).

     La collection Ouellet-Robert est beaucoup moins connue que d’autres grosses collections entomologiques comme, par exemple, celle du Musée Lyman de l’Université McGill. Dans le but d’accroître sa notoriété, Étienne Normandin travaille sur plusieurs projets, tel que le développement d’un cours d’entomologie pour le public, afin de faire venir les gens au Centre sur la biodiversité et qu’ils puissent utiliser les spécimens de la collection. Il travaille également à la publication d’un guide des insectes du Québec, basé sur des spécimens de la collection Ouellet-Robert. Ce guide a pour but de faire connaître la diversité des insectes de la province, mais aussi d’inviter les chercheurs, collectionneurs et entomologistes amateurs à venir visiter la collection et à utiliser ses spécimens. Finalement, toujours dans l’optique d’ouvrir ses portes au public, Étienne Normandin a dernièrement fondé un club de curation de la collection. Ce club offre l’opportunité à plusieurs personnes de participer à l’entretien de la collection et d’apprendre des techniques de montage d’insectes.

  Vice-président de l’AEAQ, propriétaire de la compagnie de vulgarisation scientifique Animanature et cofondateur d’une ferme d’insectes à Frelighsburg, Étienne Normandin est impliqué dans de nombreux projets dans le domaine de l’entomologie. Avec les nouvelles avenues que prend la collection Ouellet-Robert, de plus en plus de chercheurs et amateurs seront invités à la consulter. De belles perspectives s’annoncent pour la collection Ouellet-Robert et son coordonnateur !

Le collectionneur du mois de décembre

Raymond Archambault est le conservateur du fongarium du Cercle des mycologues de Montréal (CMM). Cette collection réunit des champignons récoltés sur une période de 20 ans par Yves Lamoureux, ainsi que plusieurs autres collections mycologiques léguées par des chercheurs universitaires et des mycologues amateurs. Le fongarium compte plus de 20 000 spécimens séchés dont une partie a été photographiée à l’état frais avant séchage, ce qui en fait une collection exceptionnelle. Depuis son déménagement au Centre sur la biodiversité en 2011, le fongarium continue de s’enrichir grâce à l’ajout d’importantes collections réalisées par les mycologues de différentes régions du Québec.

Raymond Archambault a fait ses études à l’Université de Montréal, où il a complété une maîtrise en phytopathologie. Son directeur Peterjürgen Neumann l’a alors initié au monde merveilleux des champignons. Son intérêt marqué pour la mycologie l’a amené à être actif au sein du CMM dès le début de ses études supérieures. Botaniste de formation et de profession (il a enseigné à l’école Louis-Riel pendant plus de 25 ans), Raymond Archambault s’est impliqué de plus en plus en tant que mycologue au sein du CMM. Il a d’ailleurs été président de cet organisme pendant 29 ans et a été impliqué dans plusieurs de leurs importants projets, dont la création d’une collection scientifique de champignons du Québec, le fongarium, et son déménagement au Centre de la biodiversité. Il est depuis lors, conservateur de cette collection.

Le fongarium

Jugeant qu’une collection facilement accessible (pouvant servir à l’étude des champignons macroscopiques par les mycologues amateurs) manquait au Québec, le CMM décide en 1988 d’engager Yves Lamoureux comme conseiller scientifique pour entreprendre une telle collection. Au départ, le but du fongarium était de fournir un outil de référence pour aider les mycologues amateurs à développer leurs connaissances et mieux connaître les champignons du Québec. Avec le temps, le fongarium s’est davantage orienté vers la recherche et est maintenant devenu une collection de recherche sollicitée par des chercheurs et étudiants de plusieurs continents.

Le fongarium est une collection relativement petite, mais très performante et très bien documentée. Au Centre de la biodiversité, les champignons sont entreposés dans un local où la température et l’humidité sont contrôlées, ce qui permet une meilleure conservation à long terme des spécimens.

« L’étude des champignons est tout à fait passionnante ! Il s’agit d’un domaine tellement diversifié, on a énormément de découvertes à y faire. Seulement au Québec, on découvre entre 10 et 20 nouvelles espèces de macromycètes par année. La mycologie a un potentiel énorme dans toutes sortes de secteurs comme la bioremédiation ou encore la médecine. Par exemple, la ciclosporine, isolée d’un champignon, a permis dans les années 80 d’accroître considérablement le succès des greffes chez les humains. »

Collection coup de cœur

La collection préférée de Raymond Archambault est la collection fondatrice, la toute première collection du fongarium réalisée par Yves Lamoureux. « C’est une collection d’une qualité exceptionnelle faite par un grand mycologue. Yves Lamoureux a une démarche personnelle très méticuleuse et précise, ce qui fait en sorte que la collection est absolument remarquable. »

Amanita rubescens, un champignon assez répandu au Québec (photo de Yves Lamoureux, CMMF000224)

Raymond Archambault souhaite vivement que le fongarium serve de plus en plus à la recherche et à la mycologie amateur. Il aimerait augmenter sa visibilité et le faire connaître mondialement pour contribuer au développement de nouvelles connaissances. Il aimerait également continuer à y intégrer de nouvelles collections mycologiques. Rappelons que depuis son déménagement au Centre sur la biodiversité, 13 collections importantes ont été déposées au fongarium en plus d’autres collections plus petites d’origines diverses. Plusieurs collections anciennes ont ainsi pu être sauvées. Raymond Archambault encourage donc fortement les propriétaires de collections mycologiques à le contacter s’ils souhaitent intégrer leur collection au fongarium du Cercle des mycologues de Montréal.

Juliette Duranleau, 15 décembre 2016

Le collectionneur du mois de novembre

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Agent de recherche au Département de sciences biologiques de l’Université de Montréal et assistant conservateur de l’Herbier Marie-Victorin pendant plus de 30 ans, Stuart Hay a participé à de nombreux projets de recherche en écologie végétale et en floristique pendant son carrière. Au­jourd’hui à la retraite, il continue de faire des sorties d’herborisation pour récolter des spécimens qu’il dépose ensuite à l’Herbier Marie-Victorin.

Cet herbier fait partie de l’Institut de recherche en biologie végétale de l’Université de Montréal. Il héberge une vaste collection de plantes vasculaires et de bryophytes provenant du monde entier. Avec plus de 634 640 spécimens, il est reconnu mondiale­ment et se place au 4ième rang parmi les herbiers canadiens. Il sert principalement à la recherche et à l’enseignement universitaire.

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Stuart Hay débute ses études à London en Ontario, où il complète un baccalauréat en biologie. Rien ne le prédestinait alors à devenir un collectionneur de plantes. C’est en 1970, lors de son arrivée au Québec pour poursuivre des études supérieures, qu’il découvre la Flore laurentienne, l’œuvre remarquable de Marie-Victorin. Il rencontre alors André Bouchard, étudiant en écologie végétale, qui l’introduit à l’histoire de la botanique au Québec et qui lui fait découvrir ses grands botanistes. André Bouchard l’amène également au Jardin botanique et à l’Institut botanique où il découvre pour la première fois l’Herbier Marie-Victorin. La rencontre est déterminante. Il devient assistant de terrain pour les études doctorales d’André Bouchard et ils se rendent trois étés de suite sur la côte ouest de Terre-Neuve pour y faire des inventaires de la végétation et de la flore du nouveau parc national, Gros Morne. Il s’inscrit à la maîtrise à l’Université de Montréal où il fréquentera l’Herbier Marie-Victorin tout au long de ses études. Peu après, il est engagé comme agent de recherche et assistant conservateur de l’Herbier Marie-Victorin.

stu3En tant qu’agent de recherche, Stuart Hay a pris part à plusieurs projets avec des professeurs de l’Université de Montréal. Il a participé à l’élaboration d’un guide des plantes rares du Québec sous l’égide du Musée national du Canada. Ce travail était piloté par André Bouchard, alors professeur d’écologie végétale et directeur de la division de la recherche au Jardin botanique. Dans le cadre de ce projet, l’équipe de chercheurs a consulté de nombreux herbiers à travers la province afin de recenser toutes les plantes du Québec et d’étudier leur répartition. C’est donc grâce aux collections de recherche, conservées en herbier, qu’ils ont pu établir la rareté des espèces de la flore. Ce guide majeur est encore la base de nos connaissances actuelles sur les plantes rares du Québec. Un inventaire similaire a également été effectué pour les plantes vasculaires rares à Terre-Neuve.

Un autre projet auquel il a collaboré est la réalisation de la Flore nordique du Québec et du Labrador. Ce projet est conduit par le Centre d’études nordiques de l’Université Laval qui a décidé qu’il était temps de combler le manque de connaissances qu’on avait sur cette flore. C’est un énorme travail qui regroupe une douzaine de chercheurs et botanistes. Stuart Hay était responsable du chapitre sur la famille des Joncacées. Encore une fois, les chercheurs utilisent des spécimens d’herbier conservés dans plusieurs institutions québécoises, canadiennes et étrangères. Ils doivent d’abord valider les identifications et ensuite baser leurs descriptions sur ces spécimens d’herbier.

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Spécimen coup de cœur

Stuart Hay a eu la chance de découvrir quelques nouvelles espèces pour la première fois au Québec. Un bel exemple est le scirpe à crochets (ci-contre), membre de la famille des Cypéracées. Il s’agit également de l’unique mention de cette espèce au Canada. Dans ce cas, ce n’est pas une de ses propres récoltes, mais sa correction du nom d’un spécimen ancien mal identifié, conservé dans l’Herbier Marie-Victorin et récolté en 1924 en Mauricie,  à Sainte-Flore !  Malgré quelques recherches, personne n’a encore réussi à relocaliser la plante en nature.

Stuart Hay affirme qu’il faut promouvoir la récolte de spécimens et leur dépôt dans des collections de recherche comme l’Herbier Marie-Victorin. Cela permet d’agrandir nos connaissances sur la biodiversité, de valider les identifications de spécimens, de déceler les erreurs et peut-être même de faire des ajouts à la flore d’une région.

Juliette Duranleau, le 22 novembre 2016

Le collectionneur du mois de septembre

Le collectionneur du mois fait le portrait de gens passionnés qui ont consacré une partie de leur vie à des collections québécoises.

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par Juliette Duranleau pour l’Institut québécois de la biodiversité
15 septembre 2016

Membre fondateur de l’Institut québécois de la biodiversité (IQBIO) et professeur honoraire de l’Université de Montréal, Pierre Brunel est responsable d’une collection d’invertébrés marins provenant de l’estuaire et du golfe du Saint-Laurent ainsi que de la baie d’Hudson. Cette collection, qui contient également des poissons, était constituée au départ des organismes capturés au chalut dans la baie des Chaleurs. C’est surtout à l’écologie des invertébrés marins que Pierre Brunel s’intéressera par la suite, et plus précisément aux Crustacés, groupe auquel il consacrera le plus gros de ses recherches. C’est au fil de ses nombreux projets de recherche qu’il en a fait l’une des plus grosses collections d’invertébrés marins du Québec et de l’est du Canada. Il peut d’ailleurs se vanter de posséder l’une des rares collections avec une valeur écologique autant sinon plus grande que taxonomique, ce que peu de collections des grands musées ont encore aujourd’hui. Les collections à valeur écologique servent à documenter des communautés d’espèces, leur répartition spatio-temporelle et leurs facteurs physico-chimiques dans l’écosystème, dont on peut alors comprendre le passé et prévoir l’avenir.

Plus jeune, Pierre Brunel était déjà un fervent collectionneur. Il possédait en effet des collections de timbres, de plantes et d’insectes. Il faut dire que son père Jules Brunel était un collectionneur et taxonomiste passionné, inspiré par nul autre que le frère Marie-Victorin, son maître. Pierre Brunel a donc été plongé dans la biologie dès son très jeune âge et a eu une véritable révélation pour l’étude de la mer pendant l’été 1942, à l’occasion de vacances familiales à Saint-Fabien-sur-Mer.

« Il y a une sorte de filiation depuis le frère Marie-Victorin en passant par mon père qui nous a initiés aux sciences naturelles sur le terrain et à l’observation de la nature. »

C’est par ses études que Pierre Brunel en est venu à posséder sa première collection de recherche en sciences naturelles. D’ailleurs, les spécimens qu’il a récoltés au cours de sa maîtrise (1954-1956) etclipboard03 de son doctorat (1960-1962) font encore partie de sa collection actuelle. Ensuite, il a pu récupérer les collections dont il avait la responsabilité en tant que biologiste chercheur pour le Département des Pêcheries, le gouvernement du Québec n’ayant plus la volonté de les conserver. Il est alors devenu propriétaire individuel de ces collections. Elles ont d’abord été entreposées dans un corridor du Département de biologie de l’Université de Montréal jusqu’à ce qu’on lui attribue une pièce qu’il occupera jusqu’au déménagement du département en 2019. La collection devra donc être relocalisée.

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Spécimen coup de coeur

Les Amphipodes demeurent le groupe préféré de Pierre Brunel, encore attaché à ses années de jeunesse. Il a d’ailleurs contribué à décrire en 1968 une espèce nouvelle pour la science, Anonyx sarsi (photo ci-contre). Son dernier coup de coeur va cependant à une autre nouvelle espèce. Il espère la décrire bientôt afin que son nom puisse enfin être publié.

Afin de sauvegarder sa collection d’invertébrés marins, vu l’absence d’un musée provincial, Pierre Brunel a dû la léguer au Musée canadien de la nature à Gatineau. Avec l’aide de l’IQBIO, il travaille présentement à son déménagement. Il s’est cependant assuré de pouvoir continuer à faire de la recherche sur les Amphipodes et à utiliser sa collection à des fins de publication, quitte à se rendre à Gatineau de temps en temps pour emprunter des spécimens.

Finalement, à la question, « Pourquoi collectionnez-vous? », il répond : «Je fais cela pour la sauvegarde de la biodiversité dans notre territoire, pour contribuer au patrimoine scientifique du Québec. Je veux que mes collections servent à la postérité, que n’importe qui puisse aller les consulter plus tard.»

clipboard05« J’appelle cela le gène du collectionneur, probablement inné chez beaucoup de gens. Il y en a qui ramassent des bouchons de bouteilles, d’autres des enjoliveurs de pneus d’autos, etc. Les timbres, c’est vrai que ça peut avoir de la valeur éventuellement, mais les spécimens (plantes, insectes, crustacés, etc.) peuvent aussi servir à quelque chose ! C’est une des passions que mon père botaniste m’a transmises, l’instinct de conserver, de collectionner. »