Le collectionneur du mois de novembre

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Agent de recherche au Département de sciences biologiques de l’Université de Montréal et assistant conservateur de l’Herbier Marie-Victorin pendant plus de 30 ans, Stuart Hay a participé à de nombreux projets de recherche en écologie végétale et en floristique pendant son carrière. Au­jourd’hui à la retraite, il continue de faire des sorties d’herborisation pour récolter des spécimens qu’il dépose ensuite à l’Herbier Marie-Victorin.

Cet herbier fait partie de l’Institut de recherche en biologie végétale de l’Université de Montréal. Il héberge une vaste collection de plantes vasculaires et de bryophytes provenant du monde entier. Avec plus de 634 640 spécimens, il est reconnu mondiale­ment et se place au 4ième rang parmi les herbiers canadiens. Il sert principalement à la recherche et à l’enseignement universitaire.

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Stuart Hay débute ses études à London en Ontario, où il complète un baccalauréat en biologie. Rien ne le prédestinait alors à devenir un collectionneur de plantes. C’est en 1970, lors de son arrivée au Québec pour poursuivre des études supérieures, qu’il découvre la Flore laurentienne, l’œuvre remarquable de Marie-Victorin. Il rencontre alors André Bouchard, étudiant en écologie végétale, qui l’introduit à l’histoire de la botanique au Québec et qui lui fait découvrir ses grands botanistes. André Bouchard l’amène également au Jardin botanique et à l’Institut botanique où il découvre pour la première fois l’Herbier Marie-Victorin. La rencontre est déterminante. Il devient assistant de terrain pour les études doctorales d’André Bouchard et ils se rendent trois étés de suite sur la côte ouest de Terre-Neuve pour y faire des inventaires de la végétation et de la flore du nouveau parc national, Gros Morne. Il s’inscrit à la maîtrise à l’Université de Montréal où il fréquentera l’Herbier Marie-Victorin tout au long de ses études. Peu après, il est engagé comme agent de recherche et assistant conservateur de l’Herbier Marie-Victorin.

stu3En tant qu’agent de recherche, Stuart Hay a pris part à plusieurs projets avec des professeurs de l’Université de Montréal. Il a participé à l’élaboration d’un guide des plantes rares du Québec sous l’égide du Musée national du Canada. Ce travail était piloté par André Bouchard, alors professeur d’écologie végétale et directeur de la division de la recherche au Jardin botanique. Dans le cadre de ce projet, l’équipe de chercheurs a consulté de nombreux herbiers à travers la province afin de recenser toutes les plantes du Québec et d’étudier leur répartition. C’est donc grâce aux collections de recherche, conservées en herbier, qu’ils ont pu établir la rareté des espèces de la flore. Ce guide majeur est encore la base de nos connaissances actuelles sur les plantes rares du Québec. Un inventaire similaire a également été effectué pour les plantes vasculaires rares à Terre-Neuve.

Un autre projet auquel il a collaboré est la réalisation de la Flore nordique du Québec et du Labrador. Ce projet est conduit par le Centre d’études nordiques de l’Université Laval qui a décidé qu’il était temps de combler le manque de connaissances qu’on avait sur cette flore. C’est un énorme travail qui regroupe une douzaine de chercheurs et botanistes. Stuart Hay était responsable du chapitre sur la famille des Joncacées. Encore une fois, les chercheurs utilisent des spécimens d’herbier conservés dans plusieurs institutions québécoises, canadiennes et étrangères. Ils doivent d’abord valider les identifications et ensuite baser leurs descriptions sur ces spécimens d’herbier.

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Spécimen coup de cœur

Stuart Hay a eu la chance de découvrir quelques nouvelles espèces pour la première fois au Québec. Un bel exemple est le scirpe à crochets (ci-contre), membre de la famille des Cypéracées. Il s’agit également de l’unique mention de cette espèce au Canada. Dans ce cas, ce n’est pas une de ses propres récoltes, mais sa correction du nom d’un spécimen ancien mal identifié, conservé dans l’Herbier Marie-Victorin et récolté en 1924 en Mauricie,  à Sainte-Flore !  Malgré quelques recherches, personne n’a encore réussi à relocaliser la plante en nature.

Stuart Hay affirme qu’il faut promouvoir la récolte de spécimens et leur dépôt dans des collections de recherche comme l’Herbier Marie-Victorin. Cela permet d’agrandir nos connaissances sur la biodiversité, de valider les identifications de spécimens, de déceler les erreurs et peut-être même de faire des ajouts à la flore d’une région.

Juliette Duranleau, le 22 novembre 2016