Le collectionneur du mois d’octobre

Le collectionneur du mois fait le portrait de gens passionnés qui ont consacré une partie de leur vie à des collections québécoises.

captureCollectionneur passionné depuis 60 ans, Claude Chantal est propriétaire d’une collection entomologique colossale. En effet, sa collection personnelle comprend plus de 30 000 insectes du Québec (dont 3 100 espèces de coléoptères) et presque autant de l’extérieur (Canada hors-Québec, États-Unis, Europe, Afrique et Asie). Il possède en plus près de 300 000 spécimens en double qu’il réserve pour des échanges avec d’autres collectionneurs.

Tous les insectes de sa collection sont montés sur des épingles entomologiques et étiquetés selon une méthode bien précise. Claude Chantal consacre beaucoup de temps à sa collection. En effet, il y passe quelques heures à tous les jours afin de poursuivre l’identification et le montage de ses spécimens. Les insectes séchés se décolorant avec les années, il doit aussi en assurer un entretien régulier.
Claude Chantal a fait ses débuts comme collectionneur en 1956, lors de son séjour à la Colonie des Amicales, camp de vacances tenu par les Frères des Écoles chrétiennes. Ses premiers pas dans le domaine des collections scientifiques en sciences naturelles ont été faits grâce au frère Firmin Laliberté, pionnier de l’entomologie au Québec, qui lui a appris comment identifier et étiqueter les spécimens récoltés. Claude Chantal a d’ailleurs fondé, avec le frère Firmin Laliberté et 11 autres passionnés d’insectes, l’Association des entomologistes amateurs du Québec, dont il a été le président à plusieurs reprises.

capture2Passe-temps favori de Claude Chantal, l’entomologie est rapidement devenue l’occupation habituelle de ses fins de semaine. Avec son ami Jean-Charles Aubé, il a effectué bon nombre de sorties pour récolter des insectes dans plusieurs régions du Québec. Ses études en techniques de sciences naturelles l’ont conduit à occuper des emplois étudiants à l’île d’Anticosti et dans la région d’Ottawa, où il a récolté beaucoup de spécimens. Un poste à Pêches et Océans Canada l’a amené par la suite à demeurer à Sept-Îles, où il a continué d’accroître sa collection entomologique. Celle-ci couvre presque toutes les régions du Québec, et continue de s’agrandir maintenant qu’il est retraité et pratique toujours ses sorties sur le terrain.

Spécimens coup de cœur
Hoshihananomia octomaculata, une espèce de mordellidés
Groupe composé d’une cinquantaine d’espèces indigènes du Québec, les mordellidés sont les spécimens coup de cœur de Claude Chantal. En effet, il étudie déjà depuis plusieurs années ces coléoptères sauteurs et aimerait leur dédier un manuel d’identification. Il travaille présentement sur 15 nouvelles mentions d’espèces, 35 mordellidés étant officiellement connues au Québec.

Claude Chantal a pris part à de nombreuses publications scientifiques. Il a fourni à plusieurs reprises des spécimens de sa collection pour servir de spécimens-types (spécimen-type, utilisé pour la publication originale d’une nouvelle espèce ou sous-espèce) dans la description originale de nouvelles espèces. Malheureusement, il  n’a pas décrit lui-même de nouvelle espèce parce que, comme collectionneur privé, il n’a pas accès aux ressources matérielles présentes dans les musées et les  grandes institutions publiques, notamment l’emprunt de spécimens. Cependant sa réputation est largement reconnue par la communauté des entomologistes. Plusieurs espèces de coléoptères lui ont même été dédiées, par exemple Oxypoda chantali, décrite en 2006 par Jan Klimaszweski qui reconnaissait en Claude Chantal un « outstanding collector of beetles » (Canadian Entomologist, vol. 138, p. 822). Hemiphileurus chantali, une nouvelle espèce du Pérou qui vient tout juste d’être décrite, est nommée en hommage à « un entomologiste passionné qui étudie les coléoptères du Québec depuis plus de 45 ans » (Coléoptères, vol. 22, p. 16, 2016).

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capture4Claude Chantal cherche une institution à laquelle il pourra léguer sa collection, dans un avenir plus ou moins rapproché. Il veut cependant s’assurer de pouvoir continuer à consulter ses spécimens et aimerait que sa collection demeure au Québec. Son imposante bibliothèque, qui comporte notamment des publications entomologiques assez rares, devra éventuellement aussi être léguée et déménagée.

Juliette Duranleau pour l’Institut québécois de la biodiversité
23 octobre 2016